1) Tu protègeras ton environnement naturel et ses espèces
menacées inoffensives par tous les moyens.
2) Tu
respecteras et serviras les intérêts d'autrui comme les
tiens.
Je considère de mon devoir de faire le bien et d'éviter
le mal, non pour être vertueux, mais parce que c'est une
trivialité. Je le fais, parce que je sais simplement que je
dois le faire, même si je ne peux pas vraiment expliquer
pourquoi (ou plutôt si, d'une certaine manière: voir
plus bas). Je le fais parce que cela fait partie de moi.
Il
semblerait qu'il y ait des gens qui ne font pas ainsi, pour qui cela
ne va pas de soi. Encore que, il faut se méfier des
apparences. Peut-être manquent-ils simplement de discernement
sur ce qui est bien ou mal. S'ils n'ont pas de sens moral, ou s'ils
se comportent contrairement à ce sens, je reconnais qu'il leur
manque quelque chose; que tout ne sera pas forcément rose pour
eux dans l'au-delà. Mais comme je ne suis pas à leur
place, je ne peux pas juger de la responsabilité de leur
âme.
Certes, pour la bonne organisation de la société
il est nécessaire d'accuser ceux qui font le mal et les
condamner, pour les deux raisons classiques : la dissuasion, et
l'empêchement physiquement du mal d'une part; pour tenter de
réveiller et guider le sens moral des gens, afin qu'ils
prennent conscience des règles de morale d'autre part.
Mais
ces deux raisons, telles qu'elles sont ici, perdraient leur sens
comme punition ou récompense après la mort, surtout si
leur impact était éternel. Certes, l'idée d'une
récompense et d'une justice divine semble avoir un sens et
être défendable, d'un certain point de vue du moins;
mais le sens d'une telle justice divine, s'il existe, nous échappe,
car nous ne sommes pas dans la peau les uns des autres. L'idée
d'un châtiment éternel est absurde: il n'aurait aucune
valeur éducative, car qui éduquerait-il ? Il ne peut
éduquer que s'il y a une seconde chance, donc s'il n'est pas
éternel; et un malheur éternel serait disproportionné
face à une faute limitée. De toute façon, ce
n'est pas mon problème. Je fais le bien parce que je sais que
je dois le faire, et que je ne peux pas faire comme si je ne le
savais pas. La question de savoir quel sort Dieu réservera à
ceux qui ne font pas ainsi et pourquoi, ne me regarde pas.
Qu'est-ce que les saints ont de plus que les autres ? Une vertu
extraordinaire, par exemple. Pour quoi faire ? Pour faire le bien ?
Eventuellement, mais suivant quels critères ? Regardons un
passage des évangiles sur ce point: l'histoire de la pauvre
veuve, qui n'offre que quelques piécettes, qui valent
"beaucoup plus" que les fortunes données par les
riches, car c'est "tout ce qu'elle avait pour vivre". C'est
bien beau, mais côté utilité des dons, celle des
riches pèse beaucoup plus; l'exploit moral accompli par la
pauvre veuve ne sert qu'à la sanctifier devant Dieu. Pour quoi
faire donc ? Les saints sont pour moi des sortes d'athlètes,
qui vont à bout des possibilités de l'homme sur un
certain plan; c'est bô pour ceux qui en sont fans mais ces
exploits ne servent essentiellement qu'à eux-mêmes, et
éventuellement à faire rêver le reste de
l'humanité en extase devant eux.
Je n'ai pas besoin d'être
cette sorte d'athlète, car je n'ai pas que cela à faire
dans la vie, non seulement pour moi-même, mais aussi et
surtout, précisément j'ai même bien mieux que
cela à faire pour le bien d'autrui.
S'il s'agit de faire le
bien, plutôt que de se tuer à donner tout ce qu'on a
pour vivre et ainsi se paralyser et se rendre du coup désormais
incapable d'être significativement utile aux autres, il vaut
mieux par exemple, si on en a la possibilité, l'investir dans
les affaires (honnêtes), faire du profit avec, puis faire don
d'une partie des bénéfices qui pourra être
supérieure à ce qu'on aurait donné au départ,
et vivre confortablement avec le reste. Ou bien on peut aussi prêter
aux pauvres pour leur permettre de monter leur activité, puis
ils rembourseront et on pourra avec cela en aider d'autres. Ce sera
plus utile à l'humanité, sans avoir besoin de se
surpasser.
La morale n'est principalement pas une vertu dans le coeur de
l'homme, ni un don de Dieu. Mais ce serait que la souffrance cesse,
et que le bonheur se répande. De tels évènements
peuvent dépendre des actions des hommes. Les actions des
hommes peuvent dépendre des valeurs morales qui sont en eux.
Mais ce ne sont là que des facteurs parmi d'autres. L'effet
des actions des hommes sur l'humanité n'est pas la somme des
actions des individus, car l'humanité est une organisation
complexe avec une division du travail, et des rôles très
différents assignés aux différents individus.
Les technologies disponibles jouent aussi un rôle considérable,
et être ainsi qualifiées de vertueuses, ou parfois
vicieuses suivant les cas. Les actions des hommes sont bien moins
guidées par leurs valeurs morales que par ce que
l'organisation sociale les amène à faire. Là-dedans,
les valeurs morales ne sont qu'un petit instrument parmi d'autres.
Je
pense que ce n'est pas dégrader le sens de la conscience
morale humaine que de la réduire au rang de moyen au service
d'une fin qui lui est extérieure, bien au contraire. C'est lui
donner son véritable sens. C'est l'obliger à ne pas
tourner dans le vide comme un exercice de style enfermé sur
soi-même, mais à s'enrichir d'une connaissance de la
réalité. C'est aussi l'animer d'un véritable
espoir, c'est-à-dire un espoir qui soit connaissance et
perspective d'un nouveau monde à construire, libéré
au moins en partie des souffrances actuelles, et non sentiment et
auto-persuasion.
Ainsi, le but de la morale n'est pas d'avoir
bonne conscience, dans l'ignorance de ce qu'on aurait pu faire de
mieux, mais c'est de chercher à faire réellement ce qui
est le mieux, en prenant connaissance de ce qu'on pourrait faire et
de comment faire pour être le plus efficace. Pour ainsi sortir
de l'endormissement de la conscience et découvrir ce qu'on
pourrait faire de mieux, il ne s'agit pas de faire un "examen de
conscience", mais au contraire de ranger notre conscience au
placard et d'examiner ce qui est encore hors de notre conscience, à
savoir la réalite du bien et du mal qui se produit pour les
autres et ce dont cela dépend, évènements et
facteurs circonstanciels qui ne dépendent pas de ce que nous
en pensons, de la conscience ou des sentiments que nous avons à
leur égard.
Choisir entre l'humilité de laisser le monde périr, et l'orgueil de le sauver. En effet, on ne peut pas avec succès courir 2 lièvres à la fois: purifier au maximum son âme, ou bien se rendre le plus utile possible à autrui.
Considérons l'énoncé suivant: "Le bien
et le mal sont le fruit des actions de l'homme; le bien est le fruit
des bonnes actions, et le mal est le fruit des mauvaises
actions".
Cet énoncé est profondément
ambigu, et suivant la manière dont on l'interprète,
peut être soit très vrai, soit très faux.
Tout
dépend comment on définit la notion de "bonne
action". En effet, chacun a tendance à l'interpréter
suivant la conformité à son propre code de conduite,
seulement les codes de conduite varient largement d'un individu à
l'autre. Beaucoup définissent le code de conduite à
suivre en termes de conformité à sa conscience, de la
bonté des intentions qui animent une action donnée.
Seulement un tel critère est souvent tautologique et relatif,
chacun menant ses actions suivant sa conscience propre. Qui agit
suivant de bonnes intentions à ses propres yeux pourra être
jugé comme ayant de mauvaises intentions par quelqu'un
d'autre, qui est tenté de juger la conscience de celui-là
d'après la conformité de ses actes à sa
conscience à lui, sorte de code de conduite implicite. Chacun
agissant différemment d'une manière qu'il croit la
meilleure, a naturellement tendance à croire que les actions
des autres, lorsqu'elles sont différentes, seraient animées
de mauvaises intentions.
Chacun vit sur la base de son propre code
de conduite implicite en ayant tendance à croire que
"naturellement", tout comportement conforme à ce
code tendra à entraîner de bonnes conséquences,
et tout comportement qui en dévie aura tendance à en
entraîner de mauvaises, en ayant son idée de ce qui
entraîne cela, mais sans chercher à l'étudier
sérieusement. Bien des gens se contentent de croire que leurs
propres actions sont nécessairement bonnes et auront de bonnes
conséquences, sur la base du fait qu'elles sont animées
de bonnes intentions et/ou conformes à son propre code de
conduite; et que telles ou telles actions des autres étaient
animées de mauvaises intentions, sur la base du fait que leurs
conséquences se sont avérées mauvaises et/ou que
ces actions ne sont pas conformes à ce même code de
conduite; sans se donner la peine de chercher à savoir si par
hasard tout cela ne serait pas finalement du pareil au même,
jugé de manière inique par l'emploi de critères
différents.
Ma vision des choses est aux antipodes de
ces tendances-là. Je considère l'énoncé
plus haut comme étant finalement vrai, mais en un sens très
différent, voire opposé, de celui qu'on lui donne
habituellement. Je considère en effet que la notion de bonne
ou mauvaise action n'est pas une notion première qui ait une
signification en elle-même, au seul vu de cette action, et de
l'esprit (intentions et philosophie) de celui qui l'a faite. La seule
chose qui a un sens et une valeur en elle-même, c'est la
réalité des conséquences qu'aura finalement
chaque action donnée.
La vraie morale ne consiste pas à
suivre sa conscience et à être animé de bonnes
intentions, mais à faire l'effort de redéfinir la
qualification des actions comme bonnes ou mauvaises, en fonction
du seul critère de l'analyse de ses conséquences
objectives, sans égard à toute question d'évaluation
de la nature de l'âme et des intentions qui ont animé
les actions visées, laquelle question étant bannie
comme vaine et hors-sujet dès le départ, n'aura donc
nullement à être affectée non plus par cette
requalification des actions a posteriori.
Je revendique
donc une morale bassement matérialiste, qui se moque
éperdument et rejette comme creuse et vaine toute question de
jugement du fond de l'âme des gens, et ne s'intéresse
qu'au problème du calcul des conséquences matérielles
d'actes donnés, pour en tirer les seules vraies conclusions
authentiquement morales, portant sur les seules vraies valeurs
morales qui puissent exister, à savoir ayant pour unique vrai
objet l'exactitude de ce calcul lui-même dans toute sa
complexité, de ces liens d'enchaînement de causes et
d'effets et donc de la mesure de la valeur (bonheur ou malheur) des
conséquences réelles d'actes donnés; toutes
questions de jugements des acteurs qu'on pourrait envisager par
ailleurs étant à rejeter comme perverses, souvent
injustement calomnieuses envers les personnes dont le comportement
serait non conforme aux critères ou aboutirait à des
conséquences malheureuses, et dangereuses par leur risque de
détourner notre attention du véritable objectif moral
que nous devons suivre, à savoir l'objectif d'utilité
sociale, comme il vient d'être expliqué: l'évaluation
et l'amélioration d'un phénomène physique
extérieur (la facilitation du bonheur collectif), de nature
très différente de quelque problème de jugement
de personnes que ce soit (même si une interaction entre les
deux est possible).
Ainsi, ce ne sont pas principalement les
âmes qu'il convient de juger comme morales ou immorales, mais
les choses, en tant que facteurs dont dépendent les
évènements heureux ou malheureux. Parmi ces choses il y
a les doctrines qui peuvent habiter les pensées et par là
contrôler les actes des uns et des autres tels des systèmes
d'exploitation dans les ordinateurs: certaines doctrines sont bonnes,
d'autres mauvaises, sans que la personne qui les porte n'en soit
forcément responsable.
L'homme commet souvent le mal, mais ce n'est pas qu'il soit
mauvais en lui-même. Ou certes, il peut aussi exister des
hommes qui sont mauvais en eux-mêmes, mais il serait stérile
de rejeter sur eux les problèmes en les accusant ou en leur
faisant des leçons de morale, comme nous venons de le dire. En
réalité problème du mal venant des hommes
mauvais est un problème accessoire, en plus d'être bien
peu remédiable quoi qu'on en dise. L'homme commet beaucoup
plus de mal que l'état de son immoralité, et à
niveau de moralité inchangé, il pourrait en commettre
au contraire beaucoup moins que son immoralité, mais au
contraire accomplir le bien.
En réalité la plus
grande partie du mal commis par l'homme, est un mal commis par les
hommes bons. C'est un mal commis par bonté d'âme. Et ce
mal commis par les hommes bons est un mal d'autant plus pervers qu'il
est commis par bonté d'âme. En effet, cette bonté
sert d'excuse et de justification et donc de puissance à ce
mal, par la puissance de cette bonté à disqualifier et
condamner comme un mal toute résistance à son action.
Et pourquoi les hommes bons commettent-ils le mal par bonté d'âme ? Parce que c'est la meilleure manière, établie par l'expérience, qui leur permette d'avoir bonne conscience. En effet, voulant et croyant faire le bien, ils commettent le mal parce qu'ils n'ont pas eu l'occasion de comprendre que c'est le mal, mais ils croient qu'ils font le bien. Cela est une manifestation de la dictature du hasard déjà présentée dans le texte sur la liberté: le problème de la dissociation entre un acte et ses conséquences, le problème de la causalité reliant l'acte à ses conséquences étant un problème complexe sur lequel l'homme peut facilement se faire des idées fausses. En effet, si tout le monde peut être plus ou moins d'accord et voir juste sur la mesure du mal en tant que conséquence finale (bonheur ou malheur), par contre le fait de savoir relier ces effets à leurs causes et à la question de leurs éventuels remèdes est un tout autre problème. Et il est beaucoup plus facile à ce sujet de se faire des idées fausses que des idées justes. Or, certains schémas d'idées fausses étant beaucoup plus efficaces que la vérité à donner l'impression aux gens de bien se comporter, et toute tentative de chercher de meilleurs critères de discernement étant illusoire (car les menant le plus souvent aux désillusions et à des sentiments d'échec dans leur quête du bien, son éventuel succès étant hors de la portée de la plupart des gens), cela amène fatalement les gens à considérer ces schémas d'idées fausses comme étant les meilleurs et les plus vertueux.
Enfin, pas complètement tous: il y a des gens qui ont eu la chance de comprendre qu'ils ne doivent pas faire le mal que les autres font en voulant faire le bien. Ou plutôt, la malchance: parce que, comprenant cela, il leur est beaucoup plus difficile d'exercer leur vertu, puisqu'ils n'ont plus la chance d'exercer leur vertu sous la forme de l'exercice du faux bien, que les autres ont la chance de pouvoir faire au nom du bien.
Et cette malchance, de comprendre une plus grande part de vérité, fait d'eux des êtres moins bons que les autres, parce qu'ils ont la malchance de devoir ainsi confronter à chaque fois leurs actes à la réalité et à la cruauté du destin, au lieu de simplement exercer leur vertu dans le monde féérique de leurs illusions. La connaissance de la réalité et de sa difficulté les oblige à étudier et confronter encore et toujours la question de leurs actes à la réalité, et donc de développer pour cela autre chose que la vertu et la bonté d'âme.
Mais au fond il n'y a pas vraiment de différence de nature entre les deux: ils sont aussi bons les uns que les autres, et la différence, c'est que les uns vivent dans l'univers de leurs illusions féériques, et les autres vivent dans l'univers de la réalité. Et il est toujours possible de basculer d'un univers à l'autre, non pas parce qu'on est plus ou moins bon, mais par accident, en fonction des circonstances, de l'intelligence et des réflexions. Personne n'est hypocrite dans l'âme. L'hypocrisie et la perversité ne sont pas des natures mais des comportements. Le comportement de l'homme est le résultat final de ce qu'a produit l'énergie de sa bonne volonté organisée suivant ses schémas de pensée. Si ses schémas sont faux, la bonne volonté de l'homme n'est pas responsable des effets réels de son comportement, mais aboutit à le faire se comporter d'une manière perverse qui ne lui ressemble pas.
Ne croyez pas que ce soit là une chose rare: une longue
expérience, analyse et réflexion, m'a amené à
conclure que ce problème est ce qui véritablement
domine le monde et le comportement de la plupart des gens.
La
religion en est un exemple. La création de l'Union Soviétique
en est un autre. J'en ai écrit divers exemples dans les autres
textes ici, et je continuerai à le faire.
Quoique... j'ai parfois aussi d'excellentes raisons de douter que la plupart des hommes soient fondamentalement bons mais seulement trompés, c'est-à-dire dont les pensées, paroles et actes mauvais puissent être excusés par le fait qu'ils seraient par contre bons et justes relativement au monde tel qu'ils se l'imaginent. Car ces mêmes gens, qui manifestent clairement leur bonté et leur sincérité intrinsèque, sont extrêmement nombreux à maintenir fermement des pensées nettement immorales et perverses en elles-mêmes, c'est-à-dire qui ne sauraient être bonnes dans aucun monde concevable. La doctrine du péché originel (je veux dire la doctrine suivant laquelle l'homme est foncièrement mauvais) serait-elle finalement correcte ? A moins, bien sûr, que ce constat de la manière suivant laquelle les gens approuvent des actions dont il devrait être évident que leurs conséquences sont mauvaises, dépend dans ses conclusions de la question de savoir si les gens seraient capables d'un minimum vital de jugeotte à cet égard. Or, il semblerait que là soit justement le problème: qu'en fait les gens sont vraiment très cons, et qu'ils s'y croient réellement en attribuant à leur code de conduite un supposé bienfait, alors qu'il ne peut être un bienfait que dans un monde imaginaire vraiment, grossièrement, très fantasmatique, incohérent et illusoire.
Autrement dit, les vrais gros problèmes qui ne sont pas le
fruit d'une simple fausse hypothèse, d'un dogme institué
par une religion particulière quelle qu'elle soit ou d'une
erreur de conception, qui sont des problèmes réels qui
résistent, quoi qu'on en pense, et auxquels il n'y a pas de
solution simple:
1) Le fameux problème du mal (si Dieu
a tout créé, d'où vient le mal ?) (-> comme
expliqué plus bas, je propose un essai de réponse,
certes partiel et pas totalement satisfaisant: la relativisation de
l'importance de la vie terrestre et de ses souffrances par rapport à
l'éternité; ce n'est pas satisfaisant dans la mesure où
cela ne justifie toujours rien, et je ne pense pas d'ailleurs que la
souffrance soit généralement justifiable, ni même
qu'il soit honnête de vouloir supposer qu'une quelconque
justification existe dans l'absolu, abstraction faite de tout
problème de compréhensibilité).
Déclinaisons
de ce même problème:
Pourquoi Dieu a-t-il laissé traîner une vie misérable sur Terre plusieurs milliards d'années avant qu'apparaisse l'homme plus ou moins exclusivement sur la base des longues affres de la sélection naturelle (les décès misérables de tant d'individus pour peut-être participer à la sélection d'un gène ou deux, et encore), alors qu'avec Sa science infinie il Lui aurait été relativement si facile de dicter directement en un temps bien plus réduit les codes génétiques nécessaires à la vie des principales espèces, et même de les rendre plus agréables ?
Pourquoi ne naissons-nous pas directement au Paradis ?
Pourquoi Dieu se moque-t-il apparemment de nous au point d'avoir ainsi abandonné dans l'obscurité de l'erreur et de l'ignorance la plus crasse l'ensemble de tous ces millions de gens les plus fervents dans la supplication qu'ils adressent à Dieu de les guider dans la vérité et dans les meilleures décisions à accomplir sur terre pour le mieux, ne leur accordant au plus que le loisir de s'auto-persuader d'être éclairés ? Précision: le plus grave aspect du problème ici n'est pas l'injure envers ceux qui le supplient de les guider et ne sont pas exaucés (après tout, si Dieu trouve bon de les laisser dans l'erreur, cela ne serait pas un si grand préjudice), mais l'injure indirecte envers ceux qui ont subi tant de souffrances qui auraient pu être évitées par l'action de personnes de bonne volonté si seulement Dieu les avait réellement guidés. Autrement dit, ce qu'il y a de plus grave dans le fait de ne pas exaucer ces supplications, c'est qu'elles étaient pourtant tout ce qu'il y a de plus légitime au monde en vue du bien d'autrui.
2) Le problème du jugement, en les termes suivants : si après la mort on doit porter le préjudice de nos mauvaises actions et les joies de nos bonnes actions envers autrui, afin qu'il y ait ultimement une certaine justice dans le ciel, suivant quelle instrument de mesure nos actions seront-elles évaluées ? A ce sujet, on peut facilement démontrer les thèses suivantes:
Toute théologie dans laquelle ce jugement ne serait pas parfaitement conforme à la mesure de la pureté altruiste des intentions qui ont animé toutes les pensées et actions effectuées, serait une théologie horrible, injuste et intenable;
Toute théologie dans laquelle ce jugement ne serait pas parfaitement conforme à la mesure des biens et maux ayant réellement résulté des actions effectuées, dans le cadre réel ce qui s'est passé, y compris ce qui était inconnu ou incompris de la personne ayant agi, serait une théologie horrible, injuste et intenable.
Ces deux exigences sont, de fait, à cause de la forme effective des liens matériels de causes à effets que l'on observe, totalement incompatibles entre elles.
La solution chrétienne traditionnelle à ce paradoxe
consiste à faire une confusion dialectique entre les
intentions profondes d'un acte et ses conséquences effectives.
Et ainsi, à avoir pour réflexe de juger, tantôt
les conséquences réelles attendues des actes d'après
la mesure de leur motivation profonde, tantôt la motivation
profonde d'après les conséquences effectives, suivant
ce qui est le plus pratique à un moment ou à un
autre.
Quant à moi, l'absence de solution à ce
problème ne m'empêche pas de dormir, considérant
que notre mission sur terre est de gérer les problèmes,
malheurs et catastrophes qui ont lieu sur la terre, non de dénouer
les éventuelles affres et contradictions de la justice divine.
Rassemblant les idées de ces 2 problèmes, il ressort un troisième problème, peut-être plus grave : contrairement aux hommes, Dieu n'a pas l'excuse de l'inadvertance quant aux conséquences de Ses actes. Sauf si ceux-ci ne tiennent qu'une place négligeable dans les évènements, et que notre univers est principalement soumis à ses propres lourdeurs et déterminismes qui échappent au pouvoir de Dieu, ce qui semble de fait être largement le cas, mais est, dans son coin, une chose largement incompréhensible. Le monde et ses malheurs apparaissent ainsi comme étant soumis au pouvoir absolu de l'Ignorance des créatures, et, par conséquent, en définitive, s'avèrent les esclaves de l'Irresponsabilité Universelle. Ce monde n'est certes, probablement, qu'une toute petite partie de la Création supra-universelle, mais qui a néanmoins le malheur de nous concerner de très près, nous-mêmes pour l'instant et tous ceux à qui nos actes et nos paroles actuels pourront principalement s'adresser, de sorte que nous sommes malgré tout dans l'obligation actuelle de nous en préoccuper.
Voir
autres paradoxes théologiques en anglais
Non,
contrairement à d'autres, je ne vois pas là le lieu de
s'échapper dans de quelconques envolées lyriques sur la
sagesse de Dieu sensée dépasser toute intelligence
humaine. Je considère même cela comme un blasphème
de vouloir localiser l'infinie sagesse divine dans un si horrible
accident.
Ainsi je n'ai pas de réponse satisfaisante à
ce problème. Eh quoi ? Il est simplement naturel de ne pas
tout savoir dans la vie. La science est très jeune
relativement à l'évolution. Cependant j'en suis
toujours gêné (et j'en souffre et je veux travailler à
ce que cet état de circonstances change).
La valeur fondamentale est le bonheur, ou le plaisir, comme on veut l'appeler. Plus précisément, je veux parler de la somme des bonheurs de tous les être vivants. De là découlent les autres valeurs, lesquelles se résument en un mot: l'utile. J'appelle utile ce qui produit le bonheur en moyenne collective, étant donnés tous les mécanismes de cause à effet qui se produisent dans le monde. Concrètement, une valeur importante est la vérité. En effet, la vérité est à la fois un sujet de bonheur pour certains (pour son intérêt intellectuel), et elle peut se rendre à l'occasion extrêmement utile, car, par la distinction qu'elle permet entre l'utile et l'inutile, elle permet aux personnes de bonnes volonté de choisir les actes réellement utiles. Un certain type d'exemple est ce qui concerne le jugement ou les conseils qu'on peut adresser à autrui. Il est en effet déplaisant, voire néfaste à travers les actes qui en découlent, d'adresser à autrui en toute sincérité des jugements ou des conseils qui en réalité reposent sur l'erreur.
Toutes les âmes ont également du prix pour Dieu, qui
nous aime tous également. En effet, non seulement il ne
pourrait pas en être autrement puisque tous existent également,
mais guère de différence ne saurait non plus être
justifiée, puisque, très souvent, chacun fait, en gros
et en géneral, ce qu'il croit bon, de sorte que ses actes sont
déterminés par ce qu'il croit, ce qu'il a la chance de
croire et de comprendre, autrement dit par les circonstances, ce qui
peut amener à de mauvais actes, mais en soi on ne peut guère
être mauvais. Il n'y a donc pas de "valeur spirituelle"
qui place une âme moralement au-dessus d'une autre, or,
rappelons-le, les études des variations de fonctions
constantes sont sans objet. Il y a cependant un paramètre-but
qui peut être important à considérer concernant
les soins à apporter à autrui: tout le monde n'a pas la
même sensibilité aux évènements. De même
que tout le monde n'a pas les mêmes préférences,
et n'évalue pas toutes les circonstances comme ayant le même
poids de joie ou de souffrance dans leur vie, ainsi sur chaque
question particulière (toutes les questions sont
particulières, n'est-ce pas), il peut arriver qu'une même
circonstance produise une joie ou une peine plus ou moins grave pour
l'un que pour l'autre qui se trouverait dedans. Bien difficile de
juger dans l'absolu le rapport de la sensibilité globale des
uns par rapport à celle des autres, si ce n'est bien sûr,
laisser s'exprimer les différences de valeurs entre les
différentes circonstances du point de vue de chacun, en
faisant fonctionner la loi du marché permettant à
chacun de préférer ceci à cela.
A part cela,
il y a des paramètres-causes qui peuvent varier d'un individu
à l'autre, en particulier le paramètre d'utilité,
auquel peut par exemple contribuer l'intelligence, à savoir
que certains parviennent à se rendre plus utiles que d'autres
à l'humanité. Ceci serait à distinguer de
questions de jugements du fond de l'âme, comme ce qui est
souvent invoqué sous forme de paramètres comme "bonne
volonté". Certes, il serait du devoir de chacun de
chercher à améliorer ses propres paramètres-causes
de ce genre suivant ses possibilités, mais un jugement absolu
du fond de l'âme sur la base de paramètres définissables
(quelle que soit d'ailleurs la sorte de définition qu'on
puisse tenter) n'aurait guère de sens. Si on voulait voir un
sens à une évaluation de paramètres moraux plus
ou moins spirituels des âmes, cela pourrait constituer plus ou
moins un motif d'orgueil, où quelle que soit son
interprétation ou la connotation qu'on veut leur donner, elle
aboutirait à arrêter notre attention sur des questions
de jugements de personnes ou autres problèmes du fond de l'âme
et ainsi nous détournerait de la vraie morale, comme expliqué
plus haut.
Oui, bien sûr. Et plus que cela, il y a
des multitudes de valeurs universelles, à profusion, bien plus
que celles qu'un seul humain pourra jamais porter. Tout comme les
vérités universelles, que découvre la science.
Une de ces valeurs, et non des moindres, est le respect et
l'éloge de l'infinie diversité des possibilités
de la vie, éloge de l'innovation et de l'intelligence.
Or,
une bonne valeur ou idée, nouvelle ou non, à portée
générale qui mériterait qu'elle soit davantage
mise en pratique, ne devrait pas avoir besoin d'être en
permanence réexécutée par chacun, parce que tout
ce qui est répétitif est mieux réalisé
par les machines que par les hommes, une fois que ceux-ci ont établi
la règle qui devra être exécutée par
celles-là. Et en plus, les machines peuvent le faire plus
facilement et plus exactement, sans prise de tête. Donc, nous
devons comprendre que s'il est évidemment bon de répandre
autant que possibles les meilleures idées, les meilleures
production de l'esprit, les plus hautes vertus à valeur
universelle, il n'est pas toujours approprié de tenter d'en
encombrer l'esprit des gens, misérables cousins des singes de
toute manière incapables d'en porter et d'en respecter une
grande quantité. En effet, les bonnes idées et les
bonnes vertus seraient bien trop nombreuses pour qu'un même
individu puisse jamais les apprendre toutes comme il conviendrait, si
on voulait qu'elles soient portées par les hommes.
Nous
devons au contraire bien plus souvent, travailler à répandre
ces plus hautes vérités et ces plus hautes vertus, non
principalement dans le coeur des hommes mais bien plutôt celui
des ordinateurs. Et ce, pas même pour ménager à
ceux-ci la moindre chance d'une place au paradis, mais bien
uniquement pour les exploiter sans merci. En effet, ceux-ci n'étant
pas faillibles comme peuvent l'être les hommes, ont la faculté
irremplaçable de pouvoir accumuler les vertus et les condenser
quasi indéfiniment pour les pratiquer encore et toujours sans
jamais se lasser. Ces plus hautes vertus à répandre
dans le coeur des ordinateurs, consisteront en le fait qu'ils auront
été bien programmés pour accomplir les
meilleures actions: pour opérer les meilleures méthodes
intersubjectives entre les hommes de recherche de la vérité
et de la justice; pour les instruire chez eux au besoin sans toujours
nécessiter de professeurs à portée de main; leur
apporter la prospérité et leur épargner les
labeurs inutiles par des méthodes de travail plus efficaces;
pour leur permettre de trouver plus directement quelles sont les
personnes de confiance pour faire telle ou telle affaire afin de ne
pas se faire arnaquer; qu'ils puissent opérer un maximum
d'actions à distance et leur éviter les déplacements
inutiles; pour procurer aux hommes l'amour en abondance, au moyen de
méthodes optimisées d'appariement des annonces de
rencontres amoureuses, calculées en vue notamment d'éviter
au mieux ces risques d'horribles calvaire par célibat non
choisi, qui sévissent encore tant.
Il est clair en
effet qu'il s'agit là de formes de vertu que le coeur des
hommes est incapable de porter. Par exemple, qui rencontre un
célibataire désespéré, sans être la
personne qui convient, aura beau avoir toute la compassion du monde,
ne pourra en aucun cas lui être utile en lui épargnant
de tourner en rond dans la solitude ou de taper dans le vide par des
voyages ratant leur cible, sans chances significatives de bonne
rencontre. Un couple déjà formé par hasard
serait incapable de renoncer à s'unir pour que chacun des deux
offre sa chance à quelqu'un d'autre, qui autrement serait
condamné au calvaire du célibat. Par contre un
ordinateur comportant toutes les données de tous les profils,
peut offrir à chacun d'établir les contacts suivant un
ordre de priorité qui offre globalement de meilleures chances
à tous: chacun pourrait explorer directement ses chances de
rencontres sans perdre de temps, et pourrait être invité
à rencontrer en priorité ceux ou celles qui étaient
en danger de célibat bien que n'étant pas pour autant
de mauvais partis, pour leur donner leur chance, avant de se
rencontrer entre personnes capables de se trouver facilement. Or,
n'est-il pas clair que cette véritable vertu d'être une
telle source d'amour envers l'humanité, vertu dont le manque
est cause de tant de souffrances, est une vertu que seuls les
ordinateurs seraient capables de pratiquer si on les en instruisait
bien ?
Ainsi par exemple il est lamentable de voir les chrétiens gaspiller les efforts de leur vie à chercher à se faire un orgueil d'être humbles, ce qui finalement ne peut que les enfermer dans des complexes inextricables, sauf bien sûr à partir du moment où ils arrivent, avec leur succès habituel, à suffisamment déraisonner pour ne pas voir l'orgueil démesuré qu'ils tirent de leur prétention d'humilité.
Cette doctrine chrétienne, donc, ayant d'abord dédaigné d'emblée toute question de circonstance matérielle du bien et du mal rejetée comme "basse" et répugnante à leur esprit comme étant une manière injuste et indigne de Dieu de juger les choses ou de laisser faire le bien ou le mal, se place d'abord dans la situation de vouloir forcément attribuer à tout bien et tout mal une responsablité "spirituelle" donc personnelle et liée au vice et la vertu. Elle a besoin, pour des raisons qui lui sont propres, de présenter cette vertu humaine que chacun doit pratiquer comme simple, facilement enseignable. Alors ce choix trivial de réduire toute la question du bien et de la morale de l'univers au seul critère trivial de la vertu suprême d'humilité, à travers même son caractère trivialement auto-contradictoire, est de fait très habile pour se donner raison en toute circonstance, demeurant irréfutable face à tout cas de figure qui se présentera, et trouvera toujours une entourloupe pour se laver les mains de ses plantages spectaculaires comme au procès Galilée dont un des principaux motifs d'accusation était de reprocher à celui-ci un orgueil démesuré (à pretendre contredire les grandes autorités spirituelles de son temps...). En voici le mécanisme:
Considérons un sujet ne portant aucun jugement sur lui-même et s'en moquant éperdument, ou encore portant sur lui-même un jugement médian. Le chrétien ne saura pas faire la différence mais interprètera automatiquement le premier cas comme se ramenant au second, car étant lui-même totalement obnubilé par les questions de jugements de personnes et de jugement de chacun sur lui-même, ne peut pas concevoir que cette question puisse ne pas être le nombril de l'univers et que d'autres personnes puissent ne pas être également obsédées par leur propre jugement sur elles-mêmes.
Alors, si les oeuvres de ce sujet sont bonnes, sa valeur morale sera jugée positive, et donc supérieure à son jugement sur lui-même. Comme ainsi il porte un jugement sur lui-même inférieur à sa valeur réelle, il sera déclaré humble, et ses bonnes oeuvres seront donc mises au crédit de son humilité.
Si ses oeuvres sont mauvaises, sa valeur morale sera jugée négative, donc son jugement sur lui-même étant supérieur à la réalité, il sera déclaré orgueilleux, et ses mauvaises oeuvres seront mises sur le compte de son orgueil.
Si quelqu'un s'efforce en secret à être humble, personne ne le saura, et si ses oeuvres sont mauvaises on ne pourra pas les mettre au compte de son humilité qu'on ne connaîtra pas. S'il pratique la quête d'humilité en public, on pourra voir cela comme une vaine prétention à se faire passer pour humble, et donc une forme d'orgueil, et on mettra ses mauvaises oeuvres sur le compte de l'orgueil. De toute façon, pour pouvoir faire des mauvaises oeuvres, il faut avoir du pouvoir, et le fait d'user d'un pouvoir est regardé comme une forme d'orgueil, le chrétien voyant aussi comme vertu, variante de l'humilité, la passivité, le fait de ne rien faire, de se soumettre au destin, de ne pas perturber le cours des choses. Il est donc regardé comme nécessairement faux de se prétendre humble en faisant de mauvaises oeuvres.
Si quelqu'un fait d'excellentes oeuvres et affiche publiquement son humilité, on le canonisera, mettant ses bonnes oeuvres sur le compte de son humilité. S'il fait de bonnes oeuvres et n'affiche pas de quête d'humilité, on verra ce non-affichage comme une forme d'humilité.
Le seul cas restant qui pourrait échapper à cette moulinette d'irréfutabilité, est celui de quelqu'un faisant de bonnes oeuvres et ayant des opinions encore plus positives sur lui-même, surtout si ces opinions se forment suivant un autre critère que l'humilité.
Ce cas est particulierement improbable, puisque, comme expliqué plus haut, le meilleur moyen de faire de bonnes oeuvres passe par la compréhension du fait que le bien et le mal ne viennent pas principalement de caractères humains mais de choses, et que les questions de jugements de personnes sont essentiellement des vanités. Celui qui aurait attaché une grande importance à une quelconque mesure de jugement du fond de l'âme, n'a que peu de chances de faire des oeuvres bonnes et remarquables. CQFD
Voir autre remarque sur l'orgueil
Les maux premiers, fondamentaux, sont ceux qui ont pour effet de
porter concrètement préjudice à la vie des
gens.
Les seconds maux dans l'ordre logique, à la
qualification indirecte liée à son influence sur les
premiers, sont ceux qui consistent en erreurs et propagations
d'erreurs, et ont pour effet d'influencer le comportement des gens
d'une manière qui engendre les premiers maux.
Face à
tout cela, la colère et les insultes ne sont pas véritablement
un mal, car le malaise psychologique qu'elles causent directement est
bénin et passager. Si leur motif est justifié, à
savoir qu'elles dénoncent les maux ci-dessus, alors elles
peuvent être justifiées elles aussi. Dans le cas
contraire, il suffit de les ignorer, de sorte que leur effet est nul.
Certes un problème fondamental est d'arriver à
distinguer justement entre les deux cas.
Mais entre celui qui
répand calmement et poliment en donnant l'impression de la
sagesse une philosophie confortant des jugements erronés et
des comportements irresponsables, provoquant donc les plus grands
maux, et celui qui dénonce et condamne justement le premier
suivant une forme de colère et d'emportement, le comportement
du second est de loin préférable car salutaire. On peut
penser ici par exemple au cas de l'opposition
entre les "écologistes" et les militants anti-ours
qui se font souvent traiter
de délinquants par les premiers.
Malheureusement, ceux
qui crient le plus fort ne sont pas toujours ceux qui ont le plus
raison; c'est même plus souvent l'inverse (sans que ce soit une
loi générale). Ainsi avait écrit Bertrand
Russel: "The whole problem with the world is that fools and
fanatics are always so certain of themselves, but wiser people so
full of doubts."
Mais rappelons encore que la certitude et la colère sont
deux choses différentes. Si le propre du sage est
l'incertitude tandis que le propre du fou est la certitude, que d'une
part la certitude sans colère donne une impression de sagesse
et que d'autre part la colère sans certitude donne une
impression de folie, alors la situation est grave.
Ceci dit, il
n'y a pas non plus de lien nécessaire entre certitude et
erreur. Ce serait trop facile de trouver la vérité si
elle pouvait se reconnaître à un si simple critère
!
Même réponse que pour les limites
de sa rationalité, d'autant plus que nous venons de
préciser que le mal n'est finalement guère autre chose
que l'expression d'un défaut de rationalité.
Donc,
l'homme est défectueux parce qu'il descend du singe. Le singe
est défectueux parce qu'il descend des espèces qui
l'ont précédées, et qui avaient d'autant plus
ces mêmes défauts.
Pour le contenu effectif du mal
qui est en l'homme, voir cette liste
d'exemples de persversité humaine déjà
évoquée plus haut.
Une tendance religieuse consiste, soit à justifier le mal
comme étant une mise à l'épreuve porteuse de
bien, soit à en accuser l'homme, afin de toute manière
de lécher les bottes de Dieu confondu avec le Destin.
Je
pense plutôt que la meilleure réponse serait la
relativisation. Comme de demander: pourquoi y a-t-il un accident ici
? Non, le but d'une route et d'une automobile n'est pas de faire un
accident; mais l'accident est l'exception par rapport à un
bien plus grand et plus général.
D'une part,
relativisation de la vie terrestre par rapport au voyage de l'âme
dans l'au-delà, qui semble, d'après les témoignages
de NDE, beaucoup plus grand que la vie terrestre.
D'autre part,
relativisation des troubles des siècles présents et
passés, par rapport à l'ensemble de l'histoire de la
vie terrestre.
Car l'histoire de l'homme est finalement bien
petite au regard de l'ensemble de la vie terrestre depuis ses
origines. Si on se demande "Mon Dieu pourquoi" au sujet de
l'aventure humaine, il n'y a aucune raison qu'on ne pose pas la même
question sur l'histoire passée de la vie. Si l'on estimait
pour un quelconque motif que l'homme aurait dû être
exempt de souffrance et de mal, la question de la souffrance et du
mal demeurerait entière au sujet de la souffrance et du mal
endurés par tous les animaux sauvages depuis l'origine de la
vie, et la question de ce qui arrive précisément
actuellement serait relativement insignifiante dans le cadre de cette
plus véritable perspective, au vu de la durée
relativement ridicule de l'histoire de l'humanité passée
en comparaison de l'histoire de l'ensemble de la vie terrestre: mon
Dieu pourquoi toutes ces créatures ont-elles souffert, alors
qu'une résolution du problème était (ou non ?)
possible ?
Face à cette question déjà plus
importante, je propose une relativisation de plus, à savoir
celle par rapport à l'avenir: l'histoire de la vie n'est pas
terminée, et son évolution a d'abord beaucoup stagné
pendant plusieurs milliards d'années avant de finalement
connaître un développement accéléré
au cours des dernières centaines de millions d'années.
Les vertébrés sont apparus il y a "seulement"
530 millions d'années; il n'y a guère eu encore qu'une
centaine de milliards d'êtres humains ayant vécu jusqu'à
présent. Or, la vie sur Terre a encore quelque 500 millions d'années
d'avenir devant elle (durée limitée par l'accroissement de la luminosité du Soleil qui élèvera les températures - si on ne trouve pas moyen d'élever l'orbite de la Terre ou de réduire la température résultante par quelque autre moyen), pour ne pas parler de la possibilité de déménager et faire perdurer la vie sur Mars ou ailleurs. Calculons comme si l'évolution devait
s'arrêter à l'étape humaine pendant 500 millions
d'années (ce qui est évidemment faux, probablement
viendront des espèces encore plus intelligentes et importantes
que l'homme), avec 2 milliards d'hommes présents sur Terre en
moyenne et 100 ans d'espérance de vie. Il resterait alors 10
millions de milliards de vies humaines à venir, autrement dit 100 000 fois plus que celles ayant eu lieu jusqu'à
maintenant depuis l'apparition de l'homo sapiens. La question devient
donc: pourquoi les êtres vivants, et en particulier l'homme et
ce vers quoi il évoluera, continueraient-ils à souffrir
des millions d'années de plus ?
Vu comment l'histoire de
l'humanité vient déjà d'être bouleversée
en quelques siècles seulement et comment l'homme y a déjà
acquis une relative mais néanmoins appréciable maîtrise
de son propre destin, il me semble absurde de considérer que
la vie humaine serait soumise à un mauvais sort irrépressible
de prolongation des malheurs actuels dans la perspective des milliers
d'années à venir, encore moins des millions
d'années.
La seule question essentielle est donc celle que
nous devons nous poser à nous-mêmes: qu'allons-nous donc
faire de l'avenir de la vie et de l'humanité ?
Un aspect de la théologie chrétienne, même
s'il n'est pas partagé par tous les chrétiens, est de
considérer le monde comme en quelque sorte parfait,
précisement que Dieu a fait toutes choses par amour, pour le
mieux, même la souffrance; et que face à chaque
"épreuve" il serait de notre devoir d'y voir un
merveilleux dessein de Dieu caché. Le plus souvent, cela nous
est inaccessible. Quel sens cela a-t-il de parler suivant une foi
intense en l'existence d'une explication d'amour sans même se
soucier de découvrir ce motif effectivement ? Ce n'est guère
mieux que la démarche matérialiste qui consiste à
croire en l'existence d'une supposée explication matérielle
de la conscience sans se soucier du fait qu'on ne peut en rendre
compte effectivement. Mais ce qu'il y a de détestable dans
cette foi, c'est qu'elle constitue (quelque soient ses dénégations
officielles) un reproche implicite envers ceux qui sont victimes de
souffrances dont il n'y a visiblement pas de sens, d'être
aveugles au motif d'amour de Dieu envers eux dans ces circonstances,
ce qui les fait souffrir deux fois. En effet, le problème est
ici qu'on prétend obliger par principe automatique les
victimes à trouver une "raison d'être" à
leur propre souffrance, sans être capable de la voir nous-mêmes
pour eux, ou encore à chercher leur propre responsabilité,
et sans même se soucier de vérifier par hasard si une
telle responsabilité existe réellement; et si oui
laquelle. Quel mal pourtant y aurait-il à reconnaitre les
souffrances pour ce qu'elles sont, à savoir une chose
éventuellement profondément cruelle, absurde et injuste
?
Le même réflexe a aussi souvent lieu en
remplaçant Dieu par la société: on prétend
la société parfaite ou que toute idée de sa
remise en question serait vaine, et on accuse celui qui se plaint
d'accuser la société en vain. Les victimes de
catastrophes naturelles auxquelles nul ne peut rien ont droit à
notre compassion, sans avoir besoin de trouver des coupables
vis-à-vis desquels ils seraient effectivement victimes.
Pourquoi donc les victimes d'une mauvaise chance (je pense bien sûr
à mon propre exemple: n'avoir pas eu la chance de trouver
conjointe), ainsi que les jeunes intellectuels victimes d'internement
et tortures mentales absurdes dans les camps de concentration
scolaires, dont la souffrance est liée aux circonstances
sociales, n'auraient-ils pas droit à une compassion comparable
? Quel mal y a-t-il à reconnaître les défauts
absurdes et barbares de la société ? C'est comme s'il
était acquis que de toute façon personne n'y peut rien,
la société ne pourra jamais changer et que la seule
question pertinente serait de comment s'y adapter. Or même si
cette inéluctabilité était vraie, cela ne serait
pas une justification de cette cruauté sociale, ni du manque
de compassion morale envers leurs victimes. Mais de plus cela est
faux, car la société peut changer. De même, on ne
saurait dire que toutes choses ont été créées
par Dieu à la perfection pour la vie la plus enrichissante,
soit pour le bonheur, soit pour des mises à l'épreuves
soit-disant utiles spirituellement. Car si toutes choses avaient été
parfaites, il n'y aurait pas eu motif qu'elles changent en
profondeur. Mais de fait, les conditions de vie de l'humanité
évoluent en permanence et sont très différentes
aujourd'hui de ce qu'elles étaient il y a des siècles;
or il s'agit essentiellement des mêmes humains, et donc en
principe, les mêmes besoins d'épreuves et de souffrances
pour une croissance spirituelle optimum, si jamais cela était
bon et qu'un optimum existait. Mais des conditions de vie très
différentes les unes des autres d'un lieu à l'autre et
au cours des âges ne sauraient être toutes parfaites.
C'est donc absurde: il y a bien dans le monde de vilains défauts
injustifiables auxquels il est de notre devoir de remédier,
comme il a déjà été remédié
récemment par rapport aux époques précédentes
(par exemple en médecine). Il est donc du devoir de l'homme
d'observer encore les absurdités et souffrances injustes afin
de continuer à y remédier, même et surtout si
cela semble difficile à imaginer. Mais le réflexe des
gens à renvoyer les victimes à leur propre
responsabilité (je parle du réflexe systématique
lorsqu'il n'est pas réellement justifié; il arrive
qu'il le soit), s'explique bien mieux, soit par la paresse
intellectuelle générale qui maintient l'homme dans une
ignorance passive inébranlable indépendamment de toute
considération de toute manière non-effectuée,
soit par la susceptibilité sociale des gens qui ne peuvent pas
concevoir l'idée qu'ils pourraient peut-être mieux faire
pour les autres et pour changer la société et qu'ils
ont peut-être de lourdes choses à leur passif sans le
savoir de ce côté; ne supportent pas non plus de savoir
que d'autres ont moins de chance qu'eux, ni ne supportent d'avoir à
réfléchir à ce qu'ils pourraient faire de mieux:
car pour eux il n'y a rien de plus désagréable dans la
vie que de réfléchir (la paresse intellectuelle
générale est reine) et de découvrir leurs
responsabilités cachées envers les autres.
Le mal en l'homme, ou plutôt sa maladresse ou son manque de discernement comme nous venons de le préciser, n'est pas la seule cause du mal. Il y a le mal naturel, le mal accidentel, le mal du hasard, catastrophes naturelles, infirmités et épidémies, ainsi que le mal politique qui, bien que fait d'hommes, échappe en grande partie au contrôle de la plupart des hommes, avec ce pouvoir qu'un malencontreux mécanisme social laisse encore comme fatalement tomber entre de mauvaises mains, de sorte que jusqu'à une prochaine vraie remise en question du système, ce mal ressemble beaucoup à celui des catastrophes naturelles.
Alors, comment gérer en pratique au quotidien cette question du mal ?
Une réponse entièrement satisfaisante n'est pas
possible: en effet nous savons que le malheur cruel, injuste, sadique
et dépourvu de tout fruit et de toute leçon morale ou
spirituelle constructive existe. Il serait mal de le nier, parce que
le nier serait une erreur, et que l'erreur est la principale cause du
mal.
Or, l'esprit religieux est fortement tenté d'opérer
une telle négation: en effet, voulant croire que tout dans la
vie est l'oeuvre parfaite de Dieu, il lui est impossible d'admettre
que Dieu n'ait pas fait toutes choses parfaitement. Déclarer
l'existence du malheur absurde dans le monde, lui semblerait une
injure à Dieu. C'est pourquoi, l'esprit religieux, par
fidélité et corruption envers son Dieu Destin, préfère
nier d'emblée, sans examen, l'existence du mal absurde qui se
trouve dans le monde, ou encore, en accuser l'homme d'une manière
tellement globale et vague qu'elle est complètement stérile
en n'apportant aucun remède à ce qu'on n'a pas pris la
peine de diagnostiquer assez précisément (critique non
constructive, qui se déresponsabilise en entreprenant de
chanter ses bonnes intentions sur tous les tons pour s'en croire
soi-même non-responsable, et ainsi comme accuser de tous les
maux, par élimination, les autres qui ne les chantent pas
aussi fort). Il considère cette négation de la réalité
comme un acte de louange à Dieu qu'il a le devoir de
respecter.
En réalité, de tels réflexes a priori religieux sont destructeurs de notre mission même, qui est comme nous venons de le dire, de veiller au sort de l'humanité à venir. En effet, pour acquérir la compétence nécessaire qui permettrait de guérir le malheur, et plus précisément les formes du malheur qui seraient les plus absurdes, les plus injustifiables et dépourvues de toute morale, de tout sens et de tout fruit spirituel chez leurs victimes, il est nécessaire de le regarder en face et de l'identifier, surtout là où il est le plus cruel, injuste et dépourvu de toute morale et de tout fruit spirituel, et d'analyser les mécanismes par lesquels il se produit pour chercher à le déjouer par tout les moyens. Autrement dit, il faut résister à cette tentation actuellement répandue de [détourner notre regard ou fausser notre appréciation pour protéger notre conscience et notre sentiment à l'égard de Dieu].
Bien sûr, c'est dans sa nature même d'accroître
les moyens de bonheur.
Mais vous allez dire: les statistiques
montrent que depuis un siècle de développement et
croissance économique à tout crin, l'homme n'est pas
plus heureux, il y a beaucoup de suicides etc.
Certes, l'homme
n'est pas tellement plus heureux aujourd'hui qu'autrefois. Pourquoi
donc ? Eh bien, parce qu'il n'y a pas vraiment eu de croissance
économique non plus, pardi ! Je m'explique :
Pour préciser
de quoi on parle, je définirais en gros la croissance
économique comme croissance de la productivité du
travail, laquelle normalement (pour un travail salarié de type
standard c'est-à-dire d'activité honnête, de
salaire conforme à l'utilité à autrui suivant
l'équilibre des marchés ou autre mécanisme
adéquat, et s'il n'y avait pas d'impôt), se définirait
comme la moyenne sur les travaux effectués, du rapport de la
valeur réelle (pouvoir d'achat) du revenu du travail, au
travail fourni (temps-pénibilité) (ne comptons donc pas
ici la composante revenu du capital). Bon, eh bien les calculs
habituels de la croissance sont complètement faux: cette
productivité n'a pas vraiment augmenté depuis un
siècle. En effet ces calculs oublient systématiquement
une composante pourtant prépondérante: la mesure de la
productivité du travail d'apprentissage en tant qu'élève
puis étudiant.
Or, la productivité de ce travail
qui accapare la plus grande part de tous les efforts, de toute
l'énergie mentale de toute la jeunesse de la population (la
part la plus essentielle de la vie en fait), est globalement descendu
aux abîmes depuis un siècle: de plus en plus pénible
et inintéressant, prenant de plus en plus de temps, pour un
résultat de plus en plus lamentable. Les causes de cette
décroissance ? L'absence de toute liberté
économique digne de ce nom, bien sûr. Ce domaine
d'activité est depuis toujours totalement commandé par
une Administration débile et totalitaire qui enferme toute la
jeunesse dans ses camps de concentration, accaparant tout leur temps
et toutes leurs activités mentales au service de ses exercices
stupides et débilisants. Comment voulez-vous espérer
que les gens trouvent le bonheur et l'épanouissement dans de
telles conditions ? Pour pouvoir parler de croissance il serait
d'abord nécessaire de mettre à bas cette dictature et
d'instaurer les libertés: liberté d'innovation, liberté
de choix de chacun, mécanismes de marché adéquats
pour garantir la transparence, l'honnêteté, la bonne
orientation vers ce qui est utile à chacun (intéressant
et adéquat aux demandes du marché du travail...) et les
conditions nécessaires pour rendre correctement le bénéfice
financier naturel capable d'inciter et donc de permettre le
développement de méthodes d'apprentissage de meilleurs
rendements (sans préjuger de la nature des fruits recherchés).
Alors enfin les gens auront de meilleures chances d'être
heureux !
Il y a encore un autre domaine qui n'a pas tellement connu la croissance: ayant personnellement dû dépenser des milliers d'heures à courir le monde pour tenter de trouver enfin une petite amie, mais avec un résultat toujours désespérément nul, je ne peux admettre l'affirmation suivant laquelle la société actuelle fournit les moyens d'un travail productif. Heureusement, les nouvelles technologies ouvrent déjà une lueur d'espoir de croissance en ce domaine avec le développement des sites de rencontre. Hélas, ce domaine est en grande partie monopolisé par les brigands qui usent de tous les moyens pour faire des profits injustes, je veux dire par là que dans ce domaine, les rouages du marché avec son jeu de la concurrence sont encore dans un etat exécrable (mauvaise information sur les conditions, pas de garanties d'honnêteté tant des fournisseurs que des clients...) qui n'a pas encore conduit les acteurs dans la direction d'une croissance économique optimale correctement définie. On peut aussi y ajouter le rappel du règlement de l'utilisation des réseaux internet universitaires qui interdit (bloque techniquement) l'usage des sites de rencontre. Décidément (mais on le savait déjà), l'Administration est résolument hostile à toute forme de productivité du travail digne de ce nom...
Voir autres remarques : sur la croissance - sur la décroissance - sur la signification profonde de la croissance
Il y a 3 grandes manières d'agir sur le monde pour tenter
de l'améliorer: changer les structures générales
de la société - changer l'homme -
créer/modifier/supprimer des activités
spécifiques.
Comme nous sommes ici dans les généralités,
nous allons nous concentrer sur les deux premières voies. La
première concerne les sciences économiques et
politiques, la constitution de l'Etat, et aussi le développement
des technologies, de par son importance considérable sur le
monde. La spiritualité prétend
que tout cela est accessoire, et qu'il faut se concentrer sur le
deuxième volet, celui du changement de l'homme, parce que,
d'après elle, les apports technologiques, politiques et
économiques ne résolvent pas le fond des problèmes
puisque l'homme est toujours le même et le mal demeure (venant
de l'homme). Bon, mais je ne pense quand même pas que le
progrès des conditions de vie par rapport à il y a un
siècle ou deux où les conditions de vie étaient
misérables et où on mourrait couramment de faim et
d'épidémies, soit quelque chose de négligeable
ou d'inintéressant. S'il y a des gens qui ne s'y intéressent
pas, libre à eux d'aller vivre en hermites dans la jungle ou
les montagnes, loin des technologies... en effet le but des
technologies, c'est de libérer l'homme, du moins
partiellement, des contraintes matérielles, afin de pouvoir se
consacrer à tout ce qu'il voudra à la place, par
exemple aux recherches spirituelles, sans être sans cesse
dérangé par ses besoins alimentaires ou son travail
laborieux.
Ensuite, il y a un gros pseudo-argument souvent
ressorti par la spiritualité
pour rejeter les tentatives d'améliorer la société
et ne s'intéresser qu'à changer l'homme: c'est
l'exemple du communisme,
dans lequel les hommes croyaient changer la société, et
ça a échoué, et où on a dit que c'était
la faute de l'homme qui était mauvais et qui ne savait pas
mettre les systèmes idéaux en pratique. Argument
absurde: le communisme n'était pas un projet de système
politique, encore moins idéal. Pour parler de système,
il faudrait parler de logique et de science des systèmes. Mais
le communisme ne cherchait nullement la logique ou la science, bien
au contraire il etait fondé sur le rejet de toute logique, de
tout système et de toute science (les sciences économiques
et le système capitaliste qu'il critiquait et dont il
prétendait montrer les irréductibles contradictions) au
profit d'un idéal humain et spirituel: l'amour et la
fraternité entre les hommes. Mais la spiritualité
a l'art de servir de repoussoir à elle-même en faisant
passer ses propres échecs pour des échecs de la
science, afin de dire: il est impossible d'améliorer
scientifiquement la société parce que le problème
est dans le coeur de l'homme.
Le principe de l'amélioration de la société consiste, en résumé (nous n'allons pas ici expliciter les procédures ce qui est un autre débat, l'important est que des solutions existent), à faire en sorte que chacun soit toujours plus précisément payé de manière conforme à son utilité à autrui, afin de convertir toute acte utile à autrui en acte utile à soi, et de même pour les actes nuisibles. Le libre marché dans les conditions de concurrence pure et parfaite est un exemple de cet optimum. D'autres sortes de situations peuvent nécessiter de mettre en place d'autres mécanismes pour encore se rapprocher d'un tel optimum.
N'est-ce pas là une mauvaise société qui décide de servir l'intérêt personnel de celui qui nuit à autrui (en lui accordant l'argent, ou en s'abstenant de lui reprendre éventuellement multiplié ou avec une grosse amende si c'est fait en fraude) ? Cela dérange-t-il la morale des gens spirituels, que de penser que l'amélioration de la société par la protection matérielle contre les risques d'abus, soit possible ? En effet, cela poserait un problème à la spiritualité: ça la mettrait au chômage, en rendant les prédication de vertu moins urgentes (non qu'elles aient été véritablement efficaces, mais la possibilité de servir son propre intérêt en nuisant à autrui donnait jusque-là à la spiritualité le problème qui lui servait à se proposer comme solution candidate). Rendre possible la réalisation du bien et l'empêchement du mal d'une manière qui ne nécessite pas un changement du coeur de l'homme, est-ce un mal ?
Un élément fondamental de la croyance en Dieu (même s'il n'est pas invariablement partagé) est l'affirmation que Dieu rendra justice aux hommes dans le ciel pour ce qu'il auront accompli sur la terre, les récompensant pour le bien accompli et les punissant pour le mal. Or, cela, n'est-il pas finalement une croyance en un système monétaire idéal (divin) enregistré dans le ciel pour nos actions terrestres, sur le modèle du système économique parfait à construire que nous avons évoqué ? Eh bien, qu'attendons-nous pour imiter sur la terre autant que possible la supposée justice divine ?
Comment cela, ne saurait-on pas comment reprendre l'argent de
celui qui a nui à autrui ? A notre époque où
nous sommes irréversiblement passés à un monde
des technologies de l'information omniprésentes, allons donc
!!!! On peut se demander: et le bien, comment sera-t-il fait malgré
le manque de motivation purement altruiste ? Eh bien d'abord, ce
n'est pas le système qui empêche les actes altruistes de
se faire, au contraire ils les facilitent en leur offrant les outils
pour cela (dons monétaires indépendants des opérations
matérielles, informations sur la confiance pour orienter les
dons, et autres outils); ensuite, c'est simple: les services peuvent
s'acheter, et s'il suffit que quelqu'un cherche et fasse le bien
d'autrui pour en recevoir le bénéfice en échange,
et c'est cela qui le motivera. Ca vous parait utopique, irréalisable
? C'est pourtant sur ce principe que repose déjà le
fonctionnement de l'économie (du moins pour ce qui fonctionne)
!!! A savoir travailler (donc, servir autrui) pour en recevoir
l'argent pour vivre...
Voir le schéma
de la solution que je propose.
Les altruistes cherchent à faire le bien, mais même
celui qui veut faire le bien ne peut le faire, que si l'information
lui indiquant ce qu'il est bien de faire, et quelle chose est plus
utile à faire que telle autre chose, lui est donnée.
Dans un monde de milliards d'individus, il est impossible à
l'homme de tout savoir de ce qui se passe dans la société
pour pouvoir ressentir spirituellement et sentimentalement l'utilité
à autrui de ses actions, car cela est un calcul très
complexe se rapportant à un monde dont il ne peut humainement
connaître qu'une infime partie, alors que la question de
l'utilité de ses actes est en réalité dépendante
de tout. Il est indispensable que des mécanismes économiques
soient en place pour produire cette information, qui apparaîtra
à l'individu sous forme d'un résultat numérique
associé à tel ou tel acte de sa part, seule chose
humainement compréhensible permettant à l'individu
d'évaluer et comparer les utilités respectives de ses
actions possibles. C'est ainsi que, parmi les différentes
options d'efforts qu'il serait capable de fournir et entre lesquels
le choix lui serait a priori indifférent (également
pénibles entre eux pour lui) il pourra choisir l'option qui
sera la plus utile à la société, sans avoir
besoin de tout comprendre de pourquoi effectivement telle option est
globalement plus utile à la société que telle
autre.
Or, ce système d'information n'est pas autre chose
que le principe du système économique et monétaire
idéal mentionné plus haut. Enfin, y a-t-il une
différence, entre le cas d'humains moralement purs et le cas
d'humains moralement impurs ? Eventuellement il y en aurait une, qui
est la prise en compte du risque de fraude dans la production des
données de base de cette information. Mais je ne pense pas
qu'il soit très facile de frauder d'une manière très
intéressante pour le fraudeur, puisque, l'information
principale que quelqu'un pourrait être intéressé
à fausser pour son intérêt est une information
sur sa propre utilité ou nuisance à autrui (pour
pouvoir accomplir un acte nuisible à autrui). Or, cela est par
définition une information définie par autrui
(puisqu'elle est une information sur l'intérêt
d'autrui). Il peut seulement prétendre être plus dérangé
par autrui qu'il ne l'est en réalité, mais le plus
souvent personne n'est forcé de déranger autrui, et des
arrangements peuvent être trouvés pour l'éviter;
ou prétendre moins profiter de quelque chose qu'il ne profite
en réalité, mais s'il en profite c'est de toute manière
parce que les autres le veulent bien et que donc cela ne les dérange
pas vraiment (il y aurait là-dessus un argument à
développer sur la question paradoxale de la nécessaire
conservation de la quantité de monnaie dans un groupe de
personnes ayant des relations uniquement entre eux alors que
formellement la somme sur ses membres de l'utilité du membre
envers le reste du groupe, ne serait pas nulle)...
S'il y avait un
autre type de fraude plus grave, nuisant plus réellement à
autrui, comment cette fraude serait-elle durablement et sûrement
couverte ? Autrement, il suffit que la découverte de la fraude
entraîne une sanction suffisante pour être dissuasive:
comme personne n'est sensé avoir le droit de mentir, ce ne
serait pas un mal de sanctionner un mensonge plus durement que ses
dommages réels...
Il y a beaucoup de gens qui prient Dieu de faire le bien. Il y a
aussi beaucoup de gens qui font des pétitions pour demander à
des chefs d'Etat, je pense surtout au cas de chefs d'Etat d'autres
pays que celui des signataires, de bien se comporter. De même
les appels religieux à la vertu.
Mais, quel est le sens de
tout cela ?
En effet, de deux choses l'une:
Ou bien le
destinataire de cette prière était déjà
bon, auquel cas il n'y a guère de sens de lui demander de le
devenir en insinuant qu'il ne l'était pas (ce serait même
plutôt désobligeant).
Ou bien il ne l'était
pas, auquel cas je ne vois guère ce qui dans la prière
aurait une chance de l'amener à le devenir: qui n'est pas bon
n'écoute pas les prières, ne s'y intéresse pas.
Et même si on les écoute, on ne peut guère se
changer sur commande.
La seule chose que je vois interessante et
significative qui ressemblerait à cela, est de fournir des
connaissances précises sur les problèmes en cours et
les choix effectifs qui seraient bien ou mal, mais qui ne se
devineraient pas. Ceci ne peut donc pas s'adresser à un Dieu
omniscient.
Certains imaginent un monde idyllique comme consistant en la
pratique généralisée du don de tous à
tous au lieu d'une pratique de ventes.
Certes, une pratique de
dons peut être utile dans certains cas, soit comme aide aux
gens victimes d'un mauvais coup du sort comme les handicapés,
soit pour payer ceux qui font un travail utile à l'intérêt
général ne pouvant guère trouver salaire par les
mécanismes de marché usuels faute de bénéficiaires
très bien définis, comme par exemple la recherche
fondamentale ou les travaux publics; ou autres situations spécifiques
dans lesquels les mécanismes de marché présenteraient
des failles nécessitant des actes de redistributions
financières adéquates pour rétribuer plus
précisément chacun suivant l'utilité globale de
ses actes. Mais une pratique trop généralisée
des dons comme mode de fonctionnement normal d'une économie,
surtout entre gens aux niveaux de ressources comparables, s'avère
contre-productive. En effet, qu'est-ce qu'un service offert pourrait
procurer de plus qu'un service vendu ? Pourquoi s'inquiéter
des flux monétaires si les actes réels sous-tendus sont
aussi bons ? Si la qualité est en jeu, il doit être
possible de la mesurer et d'orienter les acheteurs vers les vendeurs
qui font de la qualité. Pour le reste, ce qu'un don peut
apporter de plus qu'une vente, c'est le cas de figure où ce
qui est donné n'aurait pas été vendu. Mais
pourquoi n'aurait-il pas été vendu ? Parce que le prix
demandé par le vendeur suivant la peine fournie telle qu'il
l'évalue, aurait été de trop pour l'acheteur.
Autrement dit, parce que ce serait trop de peine humainement fournie
par rapport à l'utilité du service rendu. Ainsi donc,
la principale chose que l'économie du don généralisé
peut apporter de plus par rapport à une économie
essentiellement marchande (plus précisément une
économie avec une monnaie qui viserait à satisfaire les
conditions plus haut), c'est le maintien de structures économiques
néfastes à l'intérêt général.
On
pourrait aussi rendre compte de la différence fondamentale
entre d'une part une économie de don, d'autre part une
économie marchande (ou plus précisément une
économie conforme aux conditions ci-dessus), de la manière
suivante:
Dans une économie de dons, chacun est poussé par sa propre conscience et dans les limites du dévouement et de la compréhension dont celle-ci est capable, à satisfaire cette conscience sous forme de la conception qu'il se fait lui-même de l'intérêt des gens qu'il a l'occasion de connaître et auxquels il doit pour cela avoir plus ou moins d'attachement, sous une perspective donc fatalement subjective et limitée en fin de compte.
Dans une économie marchande, chacun est obligé par les structures générales de la société à respecter (donc servir s'il veut en recevoir récompense quitte à redonner celle-ci aux oeuvres qu'il voudra) le bilan de l'intérêt des autres (non seulement ses proches mais l'humanité entière) défini par la somme des conceptions que chacun d'eux se fait de ses propres intérêts, et ce, à l'aide de la seule perception sous forme chiffrée de ce bilan sans nécessiter pour cela de comprendre personnellement le pourquoi et le comment de ses innombrables constituants.
Ainsi, la seule forme d'altruisme qu'une économie de dons a de plus qu'une économie marchande, consiste en un altruisme virtuel égoïstement enfermé dans la conscience de l'individu qui se mêle des intérêts d'autrui qui ne le regardent pas, prétendant s'en accaparer le mérite et les jugeant forcément de travers par ses propres goûts et couleurs non conformes à ceux des véritables intéressés; sans aucun bénéfice pour ceux-ci (car faut-il encore rappeler que tout ce qu'il y a d'altruisme utile à autrui dans une économie de dons, peut au moins aussi bien se mettre en oeuvre dans une économie marchande à travers les dons monétaires et les achats, et donc ne saurait être considéré comme manquant à l'économie marchande en tant que système par rapport à un système d'économie de dons, toute conscience individuelle étant égale par ailleurs).
Mais quel problème est donc dans le coeur de l'homme ? Qu'il cherche ses intérêts aux dépends d'autrui ? Mais que cherche-t-il vraiment: son propre intérêt, ou bien la nuisance à autrui ? Si le problème du coeur de l'homme était qu'il cherche la nuisance à autrui pour elle-même, alors on pourrait effectivement dire qu'il y a un problème dans le coeur de l'homme. Mais en général l'homme égoïste ne cherche pas la nuisance à autrui pour elle-même (sauf les mauvais camarades dans les cours de récréation des écoles de la République fraternellement égalitaire et indivisible), mais il cherche seulement son propre intérêt. Quel mal y a-t-il à cela ? C'est qu'il est prêt, à l'occasion, à servir son propre intéret par des moyens qui éventuellement peuvent nuire à autrui. Alors on peut envisager deux types d'environnements dans lesquels il pourrait évoluer: un environnement lui permettant de s'enrichir en nuisant à autrui, et un environnement ne le lui permettant pas (lui faisant payer financièrement le coût de toute nuisance à autrui). Oui mais de toute façon, le premier type d'environnement ne le permet pas facilement, car il y est en compétition avec d'autres égoïstes, dans une société dont le fonctionnement étant sous-optimal n'a de toute manière pas autant de richesses à offrir que le second. Pour qu'il puisse en tirer avantage, il doit déployer une stratégie, une intelligence supérieure à la moyenne. Seulement à cette condition cela peut l'intéresser. Mais alors, il sera encore plus interessé d'évoluer dans le second type d'environnement, car cette même capacité de stratégie et d'intelligence peut aussi bien être utilisée dans l'objectif de se rendre le plus possible utile à autrui afin de tirer de cet acte son bénéfice financier.
La spiritualité prétend
que le mal vient du péché de l'homme, consistant dans
le fait que l'homme choisit le mal, qu'il est responsable du mal; et
que le seul moyen de guérir le mal c'est de changer l'homme
qui est le siège de la morale et donc, d'après elle, du
bien et du mal. Or, nous venons de démontrer que l'égoïsme
de l'homme n'est pas vraiment, ou pas principalement, une source de
mal, et n'est pas même en définitive une volonté
de faire le mal; mais que le mal vient principalement d'un
dysfonctionnement économique, lequel détourne de
l'optimum d'utilité sociale à la fois les actes des
égoïstes que ceux des vertueux (même si pas
toujours suivant la même ampleur) en ne leur présentant
pas à chacun l'information du bilan exact en mesure monétaire
des conséquences de leurs possibles actes pour éclairer
leurs choix. Et donc, ainsi indirectement, il vient en définitive
d'un refus ou d'une négligence de la part des hommes,
d'accomplir les corrections du système économique qui
seraient nécessaires (si elles sont possibles) pour approcher
son fonctionnement de l'idéal théorique source
d'optimisation de la production que nous avons mentionné, et
dans lequel enfin la question de la vertu ou de l'égoïsme
du coeur de l'homme ne porterait plus que très peu à
conséquence sur le bien-être social (puisque tous serait
amenés aux choix socialement optimaux quels que soient leur
niveau de morale intérieure). Du moins plus précisément,
la question du vice ou de la vertu des uns ne porterait plus à
conséquence sur le bien-être des autres (hormis dans le
fait que les gens malhonnêtes ne pourraient plus travailler à
des positions de responsabilité dont ils risqueraient d'abuser
de manière indétectable). Un tel travail de
construction d'un monde meilleur devant plus naturellement être
du devoir des hommes de bonnes volonté, seuls naturellement
disposés à cela, l'ultime mal réside dans tout
ce qui les distrait d'une telle mission. En l'occurence, une des
principales sources de cette négligence est l'oeuvre de la
spiritualité, qui enseigne aux hommes à concentrer
leurs efforts sur les vertus du coeur de l'homme et oublie, considère
négligeable, la dimension économique, trop matérielle
et "prise de tête" et donc pas assez spirituelle à
son goût.
Ainsi lorsque l'égoïsme produit le
mal, ce ne sont pas les égoïstes qui veulent ce mal. Par
contre, les gens spirituels qui
proclament doctrinalement comme verité universelle et trouvent
spirituellement normale et juste la situation économique dans
laquelle de chaque pulsion égoïste (plus ou moins
inévitable quoi qu'on en dise) il résultera un mal à
autrui, ce sont finalement précisément ces gens-là
qui réellement, pratiquement, veulent pour lui-même le
mal ainsi produit: ils veulent, par leurs appels à concentrer
toutes les bonnes volontés humaines sur des questions futiles,
conserver les conditions politiques (et à travers les
conditions, leurs effets) sous lesquelles chaque pulsion égoïste
produira un mal, mais aussi du même coup sous lesquelles, quoi
qu'ils disent, chaque pulsion altruiste produira aussi un mal, sans
parler bien sûr du mal par omission qui résultera aussi
nécessairement du zen annihilateur de toute pulsion et de
toute entreprise moindrement élaborée qui aurait pu
être utile aux autres, zen également spécialité
de certains d'entre eux.
La plus grande source de péché
en tant que volonté d'engendrer le mal, est donc bien, après
analyse, la spiritualité elle-même conformément à
ses propres définitions.
Chose curieuse: en même temps, les religions chantent la
gloire de l'altruisme de celui qui veut faire le bien comme un don
gratuit à sens unique sans rien attendre en retour, et ils
proclament haut et fort que Dieu récompensera dans le ciel
ceux qui développent une telle vertu. Problème: comment
diable peut-on prétendre cultiver le désintéressement
total de façon désintéressée, alors même
qu'on est fermement convaincu qu'on sera récompensés
précisément pour cela ? N'est-on pas fatalement, dans
cette démarche de recherche de la vertu, tentés d'être
motivés par la récompense que l'on croit y être
associée ? Comment peut-on encore prétendre dans de
telles conditions que cette démarche demeure totalement
désintéressée ? A ce compte-là, seuls les
athées seraient en mesure de développer les vertus
requises.
Quant à moi qui d'une part crois en la vie après
la mort, en une forme de justice céleste et en la nécessité
de chercher à faire le bien à autrui ici-bas; d'autre
part qui ai conscience de la nécessité de tenir sur
toute chose une position rationnellement claire et cohérente
et que cela ne saurait être en aucun cas reprochable en soi,
voici ma position: ayant conscience de mon devoir, et du fait que je
dois de toute manière l'accomplir pour en être
récompensé là-haut; ayant clairement conscience
qu'étant donnée cette perspective, l'accomplissement de
mon devoir ne saurait être de toute manière autre chose
en définitive qu'une démarche égoïste (même
s'il s'agit au fond d'une conception étendue de l'égo
qui englobe la somme de tous les égos de tous les individus en
ce grand Ego Universel qu'est Dieu que je rejoindrai dans l'au-delà,
bénéficiant ainsi égoïstement alors, du
point de vue d'autrui, du bien que je leur fais aujourd'hui sans
encore en percevoir concrètement le bénéfice),
je n'en développerai aucun complexe pour autant, mais demeure
ouvertement convaincu que Dieu me récompensera de toute
manière pour cette démarche égoïste qui est
la mienne, du moment qu'elle consiste sur le plan des actes pratiques
bassement matériels, à me rendre utile à
autrui.
De toute façon, pourquoi devrait-on être plus
royaliste que le roi ? Dieu lui-même, alors même qu'il
bénit Ses créatures et leur offre Ses bénédictions
infinies, n'obéit-il pas en cela à une démarche
égoïste, dans la mesure où Ses créatures ne
sont en fait que des parties de Lui-même et qu'Il est
directement affecté par ce qui leur advient, comme advenant à
Lui-même ? Ainsi, les grâces infinies qu'il accorde à
Ses créatures ne sont finalement que des grâces qu'Il
accorde à Lui-même, de sorte qu'il serait impropre de Le
qualifier d'altruiste pour ce fait.
Au nom de quoi devrait-on donc
exiger de l'homme qu'il s'exerce à de plus "grandes
vertus" que celles de Dieu Lui-même ?
Il reste une revendication de la spiritualité:
que, même s'il est possible de faire le bien sans être
bon, le problème fondamental (non pas pour faire le bien, mais
en lui-même) est que l'homme est mauvais et doit travailler à
s'améliorer. Bon, déjà, dans un système
économique qui ne permet pas de s'enrichir en nuisant à
autrui mais seulement en aidant autrui, qui récompense les
bonnes actions et pénalise les mauvaises, il est un peu plus
difficile de pratiquer le vice et plus facile de pratiquer la vertu
au sens de s'enquérir concrètement du bien d'autrui
(puisque l'exercice permanent du service à autrui est facilité
et encouragé par des moyens pratiques et financiers). Mais on
peut imaginer que ce ne serait là qu'un changement
superficiel, qui ne change pas le coeur de l'homme, lequel reste
mauvais. Alors, comment faire pour améliorer le coeur de
l'homme ?
Les religions et spiritualités
se proposent en réponses, prétendant que la science est
impuissante face à ce problème. Je n'en suis pas
convaincu. Voici en effet un
exemple d'article parmi tant d'autres qui aborde la méthode
scientifique d'amélioration de l'homme, laquelle peut
s'appliquer de la même manière à la plupart des
qualités ou vertus humaines qu'on voudra promouvoir. En
l'occurence, je vois cinq grandes catégories de qualités
qui peuvent être ainsi promues par une telle procédure
scientifique d'évolution génétique assistée
de l'espèce humaine: santé, beauté,
intelligence, joie, moralité. (Certains parents s'intéressent
à l'athlétisme, ce qu'on peut voir aussi comme un
aspect de la santé...). (Plus d'info dans quelques articles:
Eugenics - Inné
ou acquis - Psychologie
évolutionniste - Héritabilité
du QI - Génétique
comportementale - Génétique
et agressivité - Race
et crime - Race
et athlétisme - Race
et intelligence - un
article sur le même sujet)
L'avantage manifeste que
je vois à ce moyen est qu'il n'exige ni la lourdeur d'un
quelconque encadrement éducatif avec toutes les peines et les
risques de dérives associées, ni le genre
d'endoctrinement artificiel (même si généralement
cet endoctrinement ne s'avoue pas comme tel) proposé par un
quelconque courant "spirituel", accompagné de
l'inculquement d'erreurs diverses, aux effets aléatoires et
parfois pervers. Or, présenter une telle démarche comme
indispensable à cet objectif, serait de toute manière
méprisant et élitiste puisque ne s'adressant qu'à
ceux qui prennent la peine de s'y instruire en ayant le temps pour
cela et se trouvant dans la circonstance d'y croire (ou pouvant y
croire), circonstance injustement regardée (ou ne serait-ce
qu'implicitement comprise d'une manière ou d'une autre, comme
conséquence logique inévitable sur le fond même
si cette déduction n'est pas explicite) comme marque de
supériorité spirituelle sur ceux qui n'y croient pas.
Eh quoi, les vertus humaines ne seraient pas d'origine
génétique ? Certes les gènes ne "produisent"
pas l'intelligence ni la vertu en un sens direct et strictement
matériel (puisque l'esprit habite la matière sans se
réduire à elle), cependant ils fournissent des
conditions neurologiques qui la favorisent ou l'entravent. Peu
importe que les mécanismes bio-psychologiques intermédiaires
de cette relation de cause à effet nous échappent,
l'important est qu'ils existent. En effet, par exemple, si les chats
sont plus calmes et doux moralement que les chiens, si les grands
chiens sont moins risqués à apprivoiser que les lions
et si les chiens de certaines races sont plus méchants que
ceux d'autres races, ce n'est clairement pas (du moins pas seulement)
pour des raisons d'éducation, ni encore moins pour des raisons
religieuses, mais bien pour des raisons génétiques. Il
n'y a pas de raison qu'il n'en aille pas de même pour l'homme.
Or, les efforts d'amélioration du patrimoine génétique
de l'homme sont cumulatifs: tout acte en ce sens a ses effets
persistants en espérance (=en moyenne de probabilité)
dans toutes les générations à venir, autrement
dit il s'agit véritablement d'un progrès. Ainsi,
réitérer ce travail pendant 100 générations
a un effet persistant sur l'espèce humaine (toutes les
générations à venir sans limite de temps), 100
fois plus grand que s'il n'a été effectué que
sur la première génération. Ainsi, même si
le progrès de cet acte est relativement faible sur une
génération, son bénéfice est multiplié
par le nombre illimité de générations futures.
On pourrait donc ainsi qualifier le bénéfice de chaque
action en ce sens, d'éternel.
Les oeuvres spirituelles,
au contraire, sont contingentes, évanescentes, artificielles
(inculquées de l'extérieur) et d'effet limité
dans le temps. Un progrès moral par des moyens spirituels ne
peut subister à la génération suivante qu'à
la condition expresse que la leçon soit enseignée à
nouveau, ce qui nécessite un certain labeur, et de même
indéfiniment répétée à chaque
génération. Or, il n'y a aucune garantie qu'elle le
soit, et de fait la religion étant abandonnée (ses
vertus n'étant pas vraiment bonnes...), les leçons de
morale, bonnes ou mauvaises, qu'elle a inculquées, se perdent
et s'oublient au profit de toute nouveauté qui s'imposera. A
cela, aucun remède: l'homme étant ce qu'il est, sa
nature reprendra le dessus tôt ou tard, et ce qu'on veut lui
inculquer par l'éducation pourra toujours être oublié,
transformé, remplacé par autre chose, mieux ou pire,
suivant ce qu'on trouvera comme nouvelles idées, et les leçons
de morale d'antan ne seront plus qu'histoire ancienne. La seule chose
qui restera des oeuvres de l'homme ancien et qui affectera
durablement et significativement le caractère de l'homme à
venir, c'est son patrimoine génétique, qui constitue le
paramètre qui joue en pratique le rôle de nature
profonde de l'homme (de par sa relative constance et le fait qu'il
soit donné naturellement à chaque génération
sans y retravailler). Or, quelles furent les oeuvres de la religion
en ce domaine ? (D'ailleurs son programme de changement de l'homme
n'ayant guère changé depuis deux millénaires,
révélation divine indépassable oblige, est en
passe de devenir bien obsolète... ) La religion a oeuvré
à faire évoluer l'homme vers le mal, à le rendre
de plus en plus mauvais en lui-même. En effet, elle commande
aux hommes et femmes de grande vertu de se faire prêtres,
moines ou nonnes afin de faire disparaitre les gènes de la
vertu. Elle veut ordonner aux femmes violées de ne pas
avorter, afin de répandre les gènes du comportement
violeur. Elle veut ordonner aux jeunes vertueux de s'abstenir de
relations dans leur jeunesse, afin de réserver aux vicieux le
monopole de la procréation précoce et aussi la priorité
de la quête des meilleurs partenaires, et de faire ainsi porter
aux vertueux le risque du célibat non choisi et donc de faire
perdre leurs gènes. Elle promeut la fidélité
comme vertu indépassable pour empêcher chacun de
réattribuer les chances de transmission des gènes à
qui lui paraîtra finalement meilleur que ceux qu'un premier
hasard (aggravé par le fait d'avoir ainsi laissé aux
plus vicieux le monopole de la poursuite des meilleurs partenaires)
aurait désignés. Mais ce ne sont peut-être là
que des dommages collatéraux ?
Euh, quelle surprise ai-je
eu de voir un
article d'un site catholique qui pour racheter son Eglise (?) prône
l'eugénisme ! mais un eugénisme encore bien plus
violent que celui que je trouve pertinent: je ne défends que
l'idée de sélectionner les donneurs de gamètes
dans la pratique très minoritaire de la procréation
artificielle lorsqu'elle est demandée, dont dans une mesure
qui peut facilement advienir de soi-même dans un monde libéral,
et a un impact lent de long terme sans déranger la majorité
des gens; lui, qui exclut comme tout bon catholique toute idée
de procréation artificielle, parlent de faire la morale aux
gens (ben oui c'est ça le catholicisme: n'envisager le bien
que par la voie de l'autoflagellation, du devoir moral de se
sacrifier la vie) pour les obliger à avoir, soit beaucoup
d'enfants soit aucun en fonctions de leurs qualités !!!!! aïe
aïe aïe ...
Quelqu'un après avoir lu l'analyse ci-dessus a prétendu la contredire en présentant sa liste de grands problèmes du monde, sur lesquels il la croyait inapplicable. Or justement je réponds que ces problèmes sont potentiellement traitables par des moyens technologiques (informatiques). Voici donc ma réponse en anglais.
- Cause principale du mal: il n'y a rien de plus égoïste, cruel et machiavelique que l'Amour. Surtout l'Amour Vrai et Spirituel (texte en projet qui développera ce point), qui cherchant sa vertu et ses responsabilités dans le nombril de son âme en s'aveuglant sur les relations de cause à effet qui résident dans le monde extérieur et dont dépend la réalisation effective du bien et du mal, est prêt à laisser périr le monde extérieur pour sauver sa pureté intérieure, et saura toujours justifier ses actions désastreuses par son ignorance, son impuissance et ses bonnes intentions.
- Cause principale du bien: il n'y a rien de plus généreux, altruiste et efficace pour répandre le bien dans le monde que la Science, à condition bien sûr de la développer correctement dans les bonnes directions dont il y a besoin.