La thermodynamique
Ce nom étrange désigne la discipline de la physique qui décrit
ou explique:
- Pourquoi et comment l'énergie nous apparaît comme une
ressource
sujette à la rareté qui nécessite d'être gérée (produite de
diverses manières et distribuée), alors même que nous baignons
dedans en permanence en bien plus grande abondance, sous forme de la
chaleur, agitation de toutes les molécules constituant nous-mêmes
et notre environnement. Pourquoi tant d'actions qu'on veut entreprendre
consomment de l'énergie (tout appareil ménager a
besoin du courant électrique pour fonctionner), en dépit de la loi de
conservation de l'énergie.
- L'irréversibilité
d'un certain nombre de phénomènes (et donc l'irréversibilité du temps,
distinction entre passé et futur), comme le fait que d'habitude les
rivières descendent les pentes et ne les remontent pas, malgré que les
lois physiques les plus élémentaires, concernant les réactions entre de
petits nombres de particules (les mêmes qui sont sous-jacentes à ces
phénomènes globaux irréversibles), sont le plus souvent, en un certain
sens, réversibles (les seules exceptions connues étant quelques
réactions entre des particules exotiques où le temps n'est réversible
qu'accompagné de l'échange des rôles entre matière et antimatière et de
la symétrie miroir; ce qui ne concernent pas les phénomènes courants).
Cette théorie peut être abordée sous deux versions:
- Une
version macroscopique (= vue à l'échelle humaine), naïve et pratique,
faisant intervenir la notion d'entropie comme une quantité
bien
définie a priori.
- Une version plus théorique et approfondie, appelée
"thermodynamique statistique", qui
explique les causes profondes de ces lois de la thermodynamique
macroscopique, et en particulier la nature de l'entropie, comme
résultant des lois de la physique microscopique.
Le mouvement perpétuel de seconde espèce
On peut utiliser de l'électricité pour chauffer une pièce par
un radiateur électrique, ou pour éclairer.
Et
si une fois que l'électricité transformée en lumière voire en chaleur,
il existait
une machine capable de récupérer cette énergie thermique pour la
retransformer en électricité ? Cela ne contredirait
pas la conservation de l'énegie, puisqu'on ne produirait
pas d'énergie à partir de rien. Et ça serait quand même super de
pouvoir
ainsi "recycler" cette énergie. Ce serait même trop facile: comme on
baigne en permanence dans un environnement plein d'agitation thermique
(l'air, l'eau...), il suffirait de se servir en brassant un peu d'air
ou de rivières pour en récupérer une énergie colossale. C'est ce qu'on
appelle le mouvement perpétuel de seconde espèce.
Hélas,
cela est interdit par le second
principe de la thermodynamique. Ce principe, que nous allons préciser
plus bas, n'autorise la réutilisation d'une énergie
que tant
qu'elle n'est pas dissipée en chaleur. Plus précisément, une énergie
dissipée en chaleur n'a pas disparu, puisqu'elle anime
toujours les atomes, mais elle n'est exploitable pour reconstituer de
l'énergie
"pure" (cinétique, potentielle, électrique, chimique) que
partiellement, et dans une
proportion d'autant plus faible que la température des objets qui la
porte (qu'elle a chauffés) est voisine de la température
ambiante. De
notre point de vue, l'énergie est perdue, gaspillée. Exit aussi le
mouvement perpétuel de seconde espèce !
Expliquons ce principe plus en détails.
L'entropie
L'entropie se
comporte comme une substance, au même titre que l'énergie ou les
quantités de
matière. En effet, l'entropie est encore une quantité extensive (= où
l'entropie d'un système de plusieurs composants est la
somme des entropies de chaque composant), peut prendre différentes
formes, se transformer d'une forme à l'autre et être transmise d'un
objet à l'autre.
L'entropie se conserve (tout comme l'énergie)
seulement au cours de certains phénomènes dits
"réversibles" (comme le
mouvement des planètes autour du Soleil). Un phénomène est dit
réversible lorsque le scénario obtenu par renversement du temps, comme
un film vu à l'envers, est physiquement possible.
Par contre, lors des phénomènes irréversibles, l'entropie n'est plus
conservée, mais une quantité supplémentaire d'entropie est créée.
Dès lors, cette entropie supplémentaire doit être
évacuée si l'on veut revenir à la situation initiale, ou plus
généralement à une situation ayant aussi peu d'entropie que la
situation initiale, afin de pouvoir recommencer. Ainsi, étant donné
un processus irréversible qui se fait de manière
spontanée (isolé), les seuls procédés permettant de revenir vers l'état
initial (déjà différents du retour arrière du même scénario),
nécessitent de plus de faire intervenir un milieu extérieur, vers
lequel l'entropie qui a été créée est évacuée. L'entropie ne se détruit
jamais.
On peut imaginer
l'entropie par la métaphore suivante: elle se comporte comme ferait la
mesure de la masse de déchets non recyclables qui nous encombrent.
Ainsi
à chaque fois qu'on fait quelque chose, qu'on achète et consomme un
produit, une certaine quantité d'emballages doit être fabriquée, est
utilisée, puis une fois jetée elle n'est jamais détruite.
On
peut produire et consommer autant qu'on veut d'objets
emballés, puis éjecter les emballages, les transporter, les collecter,
les écraser, les découper en confétis, les transformer sous une forme
ou une autre, ou les jeter dans l'océan et les y laisser s'accumuler.
Mais
on ne pourrait jamais en refaire un emballage neuf pour le prochain
objet qu'on voudra consommer: on devra toujours en créer
d'autres
qui en ajouteront une couche supplémentaire. Le seul moyen de s'en
débarrasser finalement, serait de les envoyer dans l'espace
intersidéral.
Or c'est exactement ce qui se passe avec
l'entropie: la seule raison qui permet à l'entropie de garder une
ampleur à peu près stable sur Terre malgré qu'elle y soit créée en
permanence, c'est qu'elle est sans cesse évacuée dans l'espace sous
forme de rayonnement infrarouge.
Ainsi, le développement de la
vie n'est pas seulement redevable à la lumière du Soleil pour sa
contribution en énergie, mais aussi à l'expansion de l'univers qui nous
offre un espace intergalactique toujours plus grand, comme une
gigantesque poubelle à entropie.
Chaleur et température
La notion de chaleur a pour but de décrire ce qui se transmet d'un
objet chaud à un objet froid avec lequel il est
en contact, tandis que par ailleurs chacun de son
côté garde ses
constituants matériels (atomes et électrons).
On considère deux blocs métalliques accolés. Le bloc
chaud (de température élevée, dont les atomes sont plus agités) et le
bloc froid (de température basse, aux atomes moins agités)
collés l'un à l'autre, interagissent par les chocs entre atomes de l'un
et de l'autre, jusqu'à devenir tous deux tièdes au bout d'un certain
temps. L'agitation des atomes du bloc chaud se transmet à ceux du bloc
froid. Les atomes du bloc froid commencent à bouger plus vite,
alors que ceux du bloc chaud sont ralenties, jusqu'à ce que les deux
finissent par "s'agiter aussi fortement", au sens où leurs
températures se rejoignent. Avoir la même température, signifie que
l'énergie d'agitation a autant tendance à se transmettre du premier au
deuxième qu'en sens contraire. Dans ce processus, le bloc chaud a
transmis une chaleur au bloc froid.
Qu'est-ce alors que la chaleur ? Une première idée est de la
définir comme de l'énergie, mais sous forme de l'agitation thermique, à
savoir l'agitation des atomes et molécules, contrairement à l'énergie
pratique et directement utilisable que constitue l'électricité ou
l'énergie cinétique d'un objet en mouvement.
On
peut même considérer que la chaleur existe "à l'état pur" (en
l'absence de toute molécule et même de tout électron) sous la
forme du
rayonnement électromagnétique: c'est par le rayonnement qu'on
reçoit une partie de la chaleur du Soleil, et aussi que la Terre se
refroidit du côté de la nuit.
Finalement, qu'est-ce donc que la chaleur ? En fait, c'est un mélange
d'énergie et d'entropie.
Pour
chaque quantité de chaleur, constituée d'une quantité d'énergie E et
d'une quantité d'entropie S, on définit sa température, comme étant le
rapport
T = E/S. Ainsi, une quantité
de chaleur de haute température contient moins d'entropie pour une
quantité d'énergie donnée, qu'une quantité de chaleur de basse
température.
Ceci définit la
température en degrés Kelvin, autrement dit comptés au-dessus du zéro
absolu (0K=-273°C), qui est la limite inférieure absolue atteignable
des températures qu'on peut obtenir.
Les températures négatives sont-elles vraiment impossibles ? On
pourrait voir une exception concernant un certain aspect d'un
système hors de l'équilibre thermique
(le rapport des nombres d'atomes présents à deux niveaux d'excitations
particuliers) dans certaines situations spéciales, notamment utilisées
pour constituer les
lasers. En fait, en guise de température négative il faut plutôt parler
de descente de l'inverse de la température sous zéro. Donc, dire que la
température du système monte au-dessus de
l'infini. C'est un milieu dont la quantité d'entropie associée à une
quantité d'énergie donnée (l'énergie du photon que le
laser va produire), est rendue inférieure à zéro, afin de
pouvoir
délivrer son énergie en un rayon lumineux pur et cohérent.
Ainsi, la chaleur contenue dans un objet de très
haute température comme une flamme, c'est "presque" de l'énergie pure,
tandis qu'une quantité de chaleur à basse température contient beaucoup
d'entropie.
Expliquons cela par un exemple: considérons un
radiateur électrique servant à chauffer une maison. Ainsi de l'énergie
pure arrive par le courant électrique, en quantité E, sans entropie.
Cette énergie est d'abord utilisée pour chauffer le radiateur. Celui-ci
a une température T1 élevée. La consommation de l'électricité dans le
radiateur crée donc d'abord une quantité d'entropie E/T1 où T1 est la
température du radiateur.
Mais le but est ce faisant de maintenir la
température T2 de la maison. Pour cela, la chaleur doit être transmise
du radiateur vers la maison. Cela n'est possible que parce que le
radiateur est plus chaud que la maison: T1>T2. La diffusion de
cette
chaleur d'énergie E et d'entropie E/T1, vers la maison de température
T2, en fait une chaleur d'énergie E et de température T2, donc
d'entropie E/T2 supérieure à l'entropie E/T1 qu'elle avait dans le
radiateur.
Ainsi la diffusion de cette chaleur d'énergie E, du
radiateur de température T1 vers la maison de températeur T2, crée une
entropie égale à E/T2 - E/T1.
Mais pendant ce temps, la chaleur de
la maison se perd à travers les murs dans l'environnement extérieur, de
température T3 inférieure à T2, créant une entropie égale à
E/T3-E/T3.
On peut imaginer les choses sous la forme d'une
cascade à 3 étages, où un cours d'eau initialement d'altitude 0
(correspondant à l'énergie pure) chute successivement vers les plateaux
(niveaux d'eau) d'altitudes de plus en plus basses : -1/T1, -1/T2 puis
-1/T3.
Machines thermiques
Un environnement de température T peut se comprendre comme un marché
des ordures, où le rôle des ordures est joué par l'entropie, celui de
la monnaie est joué par l'énergie, et le cours de l'ordure est égal à
-T. Ainsi, sur ce marché on peut toujours se débarrasser d'une certaine
quantité S d'entropie, à condition de le payer d'un prix égal
à ST (joindre à cette quantité S d'entropie une quantité ST
d'énergie). On peut aussi prendre de l'énergie à la chaleur du milieu,
mais on reçoit l'entropie avec, et ce n'est possible que si on dispose
d'un moyen de recevoir ou d'évacuer cette entropie par ailleurs.
Tout comme il est beaucoup plus facile de faire des virement
d'argent à distance que de transporter des marchandises ou des ordures,
ainsi l'énergie est bien plus facilement transportable que l'entropie:
- L'énergie peut se transférer rapidement à courte
distance par
une
action mécanique, et à plus longue distance par l'électricité.
- Mais il n'y a que 3 moyens de transporter l'entropie, et
tous sont lents
ou lourds, en tout cas limités:
- la conduction thermique (le contact,
les milieux conducteurs thermiques comme les métaux),
- le
rayonnement,
- le transport d'une quantité de matière qui emporte son
entropie avec elle.
Les deux premiers sont foncièrement créateurs
d'entropie. Le deuxième moins clairement, mais nécessite un mouvement,
qui peut aussi par frottements et viscosité, créer un
peu d'entropie.
C'est pour cela que les appareils ménagers sont
alimentés par un courant électrique qui apporte de l'énergie, plutôt
que par un quelconque aspirateur d'entropie.
Tout comme sur les marchés, échange de chaleur avec les milieux extérieurs n'est jamais parfait: il y a
toujours une commission à payer (de l'entropie supplémentaire est créée
au passage), d'autant plus forte qu'on est un petit acteur et qu'on
veut effectuer sa transaction rapidement. Ainsi, si je suis petit et
que je veux me débarrasser rapidement d'une certaine quantité de
chaleur, la chaleur que j'évacue chauffe la partie du milieu extérieur
qui m'entoure immédiatement, et en élève la température.
Comme j'envoie ainsi ma chaleur vers ce milieu
ambiant dont la température se trouve du coup un peu
supérieure à celle de l'environnement plus lointain, cela me coûte plus
cher en énergie. Pour une évacuation de l'entropie par rayonnement, on a affaire à une limitation semblable.
On peut bien sûr objecter à ce raisonnement en imaginant un milieu
extérieur qui soit un mélange d'états correspondant à la transition
d'un état à l'autre, comme un mélange d'eau et de glace, de sorte que
la chaleur n'élèverait pas localement la température du milieu mais ne
ferait que transformer de la glace en eau (modifier les proportions de
matière entre les différents états). Mais même alors, en pratique,
parmi les multiples processus qu'on met en oeuvre, dès que de
l'entropie est manipulée, on est presque obligé d'en créer un peu un
moment ou à un autre...
Lorsqu'il y a 2 marchés d'une même marchandise avec des prix
différents, on peut monter une entreprise commerciale qui fera des
bénéfices en transportant la marchandise d'un marché vers l'autre.
Ainsi lorsqu'il y a 2 milieux de température différentes, on peut
monter une machine qui fournira du mouvement ou de l'électricité en
transportant la chaleur du milieu chaud vers le milieu froid. C'est ce qu'on appelle une
machine thermique.
La thermodynamique a été inventée au départ pour étudier
le fonctionnement des machines à vapeur, qui sont des machines
thermiques.
Les machines thermiques tirent de l'énergie des différences
de température. Elles sont d'ailleurs d'autant plus efficaces
que cette différence est élevée.
Plus généralement, il est possible de récupérer de l'énergie
partout
où se produisent des phénomènes naturels irréversibles, créateurs
d'entropie.
En effet, à travers les phénomènes naturellement créateurs
d'entropie, des machines bien conçues pourraient détourner les
processus intermédiaires entre l'état initial et l'état final, pour les
remplacer par des processus où cette entropie supplémentaire sera en
partie de l'entropie évacuée, au lieu d'être seulement de
l'entropie créée. Cette voie d'évacuation de l'entropie permettrait
d'extraire de l'énergie pure à partir de la chaleur du milieu. Partout
où une création d'entropie est possible, de l'énergie peut être
récupérée.
Il existe par exemple ce qu'on appelle
des thermocouples : mis en présence d'une source de chaleur et
d'une source de froid, ils savent produire de l'électricité,
et la distribuer au réseau ou la stocker dans une batterie.
Exemples de machines thermiques
- Les machines à vapeur consomment du charbon, qui en
brûlant, produit
de la chaleur.
- Des projets sont en étude pour utiliser la différence de
température
qui existe entre la surface de l'océan, chauffée par le soleil,
et le fond froid issu des eaux arctiques et antarctiques, ce qu'on appelle l'énergie thermique des mers.
- Les centrales nucléaires :
leur source de chaleur est le réacteur nucléaire, convertissant d'abord
l'énergie nucléaire en chaleur de température gigantesque.
Nombre de centrales de production d'électricité exploitent
une énergie qui se présente avec de l'entropie, donc comme sources de
chaleur à haute température. Soit parce que c'en est déjà une au départ
(cas de l'énergie solaire), soit parce qu'elle
nécessite d'être préalablement dégradée sous cette forme pour pouvoir
être exploitée (nucléaire, gaz...). Elles ont alors besoin,
pour fonctionner, de
se débarrasser en permanence d'une grande quantité d'entropie,
autrement dit elles ont besoin d'une source de froid. Pour cela, toutes
les centrales sont placées à côté d'un lac ou d'un
cours d'eau (rivière ou fleuve). Cette source de froid, à laquelle on
transmet la chaleur tiède portant l'entropie en surplus, est le meilleur moyen d'évacuer cette entropie. Car non seulement les cours d'eau ont tendance à être naturellement un peu
plus froids que l'air ambiant (à cause de leur évaporation - même si ce
n'est qu'une modeste différence comparée aux presque 300 degrés d'écart
avec le zéro absolu), mais un volume d'eau peut absorber beaucoup de chaleur sans trop monter en température.
L'eau est vaporisée, grâce à la source de chaleur de haute température, et est mise sous pression, pour mettre
des pistons en mouvement, c'est à dire fournir de l'énergie. Ces lacs et ces rivières sont ainsi légèrement
réchauffés par la centrale. Du coup,
cela permet à certaines espèces supportant mal le froid d'y vivre...
Autres propriétés de la chaleur
Le flux de chaleur maximal de température T qui puisse
être transmis par rayonnement d'une surface d'aire A vers l'espace, est
constituée d'un flux d'énergie proportionnel à AT4
tandis que son flux d'entropie est proportionnel à AT3.
Le rapport des deux est bien celui annoncé : T=E/S = (AT4)/(AT3).
Ainsi,
le Soleil étant beaucoup plus chaud que la Terre, une petite surface
apparente du Soleil comparée à l'ensemble de la voûte céleste suffit à
apporter à la Terre une énergie équivalente à celle, en infrarouge (de
la température terrestre), qui est émise dans toutes les directions. Et
comme la température du rayonnement solaire est plus élevée, ce
rayonnement reçu apporte moins d'entropie que le rayonnement émis.
Mais
pour calculer ainsi le rythme d'échange de chaleur d'un objet
chaud vers un objet froid, il ne faut pas oublier que pendant que le
chaud transmet au froid son rayonnement, il en reçoit du froid en
retour, ce qui ralentit l'échange au fur et à mesure que les 2
températures s'approchent l'une de l'autre.
Aussi,
le rayonnement ou les ondes électromagnétiques peut transporter de la
chaleur en général ou de l'énergie en particulier. Mais on a
précisé
ci-dessus quel est, pour chaque température donnée, le débit
maximal de chaleur transportable par
rayonnement d'une surface donnée. Un flux de rayonnement de basse
température est très lent. Si on veut que l'échange soit rapide ou de
forte intensité, il faut lui donner une température élevée. Plus la
température du rayonnement est élevée, plus il peut être intense, mais
aussi plus sa part d'énergie est
importante par rapport à l'entropie, et donc plus ça devient un
transport d'énergie pure.
On n'est plus limité si on veut transmettre un rayon d'énergie
pure, sans entropie (rayonnement de température infinie), ce qui est le
cas des rayons laser.
Certes, dans le rayonnement le flux
d'entropie augmente également avec la température, mais moins vite que
le flux d'énergie. On pourrait toujours imaginer un moyen de
se
débarrasser rapidement de l'entropie par un rayonnement de haute
température, compensé par un flux d'énergie en sens contraire (à encore
plus haute température). Mais ce serait très compliqué à mettre en
oeuvre à cause des grandes quantités d'énergie à traiter, et de la difficulté de manipuler l'entropie en général.
Quelques autres propriétés de l'entropie
Pour
chaque donnée d'un système physique particulier encadré par des limites
d'espace et d'énergie disponibles (en particulier s'il est
thermiquement isolé), son entropie est également limitée.
Troisième
principe de la thermodynamique: il existe pour tout système un
minimum absolu d'entropie, atteint par le système au zéro
absolu
de température, et qui peut donc servir de définition du zéro de
l'entropie. En réalité, il existe bien un zéro absolu de l'entropie,
donc une définition absolue de l'entropie qui est toujours positive. Ce
zéro de l'entropie est souvent atteint au zéro absolu de température en
fixant des limites spatiales aux systèmes, mais ce n'est pas toujours
le cas: il existe des substances gardant une entropie positive au zéro
absolu, ce qu'on appelle l'entropie résiduelle.
Notamment, une circonstance qui permet souvent d'éviter l'approche de
l'entropie zéro à la température zéro, est d'agrandit indéfiniment
l'espace disponible au fur et à mesure qu'on
descend la température. En particulier, si on dilate un gaz
indéfiniment, cela peut dans certains cas lui faire baisser sa
température jusqu'à approcher indéfiniment le zéro absolu, alors que
son entropie n'a pas diminué.
En première approximation, la température d'un corps est
proprotionnelle à l'énergie thermique qu'il contient. Mais ce n'est
qu'une approximation, et elle n'est pas toujours vraie, surtout au
voisinage du zéro absolu !
En effet, l'équation différentielle reliant énergie, entropie et
température (pour un volume fixé, ce qui ne ressemble pas à la pratique
où c'est plutôt la pression qui est fixée, mais ça revient à peu
près au même) s'écrit dE=T dS.
Dès lors, si l'énergie était vraiment proportionnelle à la
température, l'entropie se déduirait de cette équation comme
proportionnelle au logarithme de la température. Au zéro absolu,
l'entropie vaudrait moins l'infini (comme logarithme de 0), contrairement au troisième principe
qu'on vient d'énoncer, qui dit qu'on ne peut pas descendre au-dessous
de zéro. Donc cette proporitionnalité n'est plus valable: aux
températures proches du zéro absolu, la température devient de plus en plus
sensible à la chaleur (elle varie de plus en plus rapidement
en proportion de l'énergie thermique).
Les détails de ce qui rend ainsi la température souvent proportionnelle
à l'énergie avec des exceptions, seront discutés ultérieurement.
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